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mise en ligne le lundi 8 avril 2002 par Railovy

Rubrique : Panorama de la littérature malgache > Etat des lieux et perspectives

La littérature orale
Jery todika / Bilan

La collecte et la transcription des traditions orales par les missionnaires dès le milieu du XIXeS avait un but bien précis, celui d'étudier la langue et la culture malgache pour mieux propager la foi chrétienne. Mais la littérature malgache doit beaucoup à ces travaux de pionniers. Le monumental ouvrage en trois volumes du Père F. Callet (1872, 1875 et 1877) demeure un document historique très important. Le traial de L. Dahle (1877), reste un ouvrage de référence réédité plusieurs fois. Il en va pareillement pour les contes de Sibree et Richardson (1886), bien qu'ils soient mal connus du grand public. Pour ce qui concerne les proverbes ou Ohabolana, W.E. Cousin et J. Parett (1877 et 1887) furent les premiersà s'y intéresser en 1871. Mais les travaus de J.A. Houlder (1894) ont donné le jour à un recueil de 2318 proverbes classés par thèmes, traduits et annotés en français par Noyer, plusieurs fois réédité par la suite. A côté des missionnaires, des nationaux ont eux aussi conservé par écrit les coutumes, la littérature et l'histoire de leur pays. Rainandriamampandry (1896), le brillant Ministre de l'Intérieur de la reine Ranavalona III (1883-1897), publia un important ouvrage où figure, outre la partie relative aux coutumes, une partie littéraire réservée à des joutes poétiques.

Au cours de ce siècle, la recherche sur la littérature orale va en s'intensifiant. Sous la colonisation, l'intérêt commence à se porter sur les régions autres que l'Imerina, mais nombre de genres poétiques régionaux restent encore largement méconnus. Si Jean Paulhan a publié en 1913 le fruit de ses recherches sur les joutes poétiques merina, Dandouau, à la même année révéla les poèmes ou sôva tsimihety, au public. L'étude de la littérature orale du Sakalava Menabe fut entreprise par Birkeli (1922-1923) et le Père Dubois ne manquait pas de faire apparaître des chansons populaires dans sa monographie (1938). Au milieu du siècle, en 1944, parut l'ouvrage du révérend Rasamuel, et en 1951, les travaux de Joël Lemijay virent le jour.

Depuis l'indépendance, la participation des érudits et des universitires malgaches dans le domaine se confirme. Dès 1960, le troisième tome des travaux du pasteur Rainihifina, réservé spécialement à la littérature orale betsileo parut. A côté de ces textes collectés qui se conçoivent comme de véritables anthologies, de fructueuses études scientifiques seront mises à la disposition des chercheurs. Les travaux de Lucien-Xavier Andrianarahinjaka (1987) sur des chants historiques (Isa betsileo) apportent non seulement une connaissance approfondie de la structure et de la signification de ce genre mais offrent d'intéressantes traductions poétiques. Bakoly Domenichini-Ramiaramanana, pour sa part, s'est lancée dans une important étude critique littéraure de la joute poétique des Hautes-Terres dans sa monumentale thèse de doctorat, fruit d'une vingtaine d'années de recherche. Le jeune chercheur Jean-Baptiste Fol (1996) quant à lui, a porté un regard critique sur ce qui a été dit par ses aînés concernant la joute poétique.

L'effort auquel se livre actuellement les jeunes chercheurs universitaires de Madagascar et ceux de l'Institut des Langues et Civilisations Orientales s'oriente vers la connaissance approfondie des poésies orales régionales. Dans cette optique, Laha Gaston (1980) nous a fait découvrir les chants de louange (beko) tandroy, tout comme Lala Raharinjanahary et Marie-Jeanne Razanamanana nous ont familiarisé respectivement avec les poèmes devinettes (tapatono) masikoro et les poèmes (jijy) sakalava-boina. Sahondrarimanana Ramoeliarisoa (1990) a choisi d'explorer la formulation littéraire betsileo à double identité poétique qu'est le poème humouristique (kalambalala). Ces universitaires sont surtout animés par le souci de préserver le fond de l'identité nationale, ainsi pour la même raison, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner devant la création d'une association oeuvrant pour la promotion du discours coutumier (kabary) et pour l'initiation des jeunes à la pratique de ce genre à Madagascar. De même, la publication de nouveaux proverbes ainsi que de nouvelles joutes poétiques littéraires, surtout dans les journaux en cette fin de siècle, est loin d'être insignifiante.

Ramamonjisoa Nirhy-Lanto et Rajaonarimanana Narivelo, INALCO-Paris.



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