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Amporisihina ireo mpampianatra sy mpikaroka momba ny teny sy ny fitsipi-panoratana. Lieu réservé aux enseignants, chercheurs sur la langue et les règles... |
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Le nouveau visage de Raharimanana |
| Le nouveau visage de Raharimanana |
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samedi 29 décembre 2007
Le nouveau visage de Raharimanana
On le disait morbide… Le voici plus insolent que jamais. Dans un nouveau registre : celui du rire. Ce 3 janvier sort le 7e roman, « Za », de Raharimanana. Za : izaho, moi… Mais ego, certainement pas : dans une dédicace privée, il écrit « Za va re ? Sa Za va le aza ? ». La ludique indécision rappelle que si, en aval, lors d'une parution, il y a autant de livres que de lecteurs, en amont, il subsiste deux types d'écrivains : d'un côté ceux qui ciblent le lectorat courant pour se vendre ; de l'autre, ceux qui créent et osent entraîner leur lecteur vers l'inédit. Ces derniers, on les dit d'avant-garde : Raharimanana, qui s'est défait de son prénom « Jean-Luc » dès son premier recueil, « Lucarne » (1996), serait de ceux-ci.
« Une si cruelle jubilation »
Le nouveau Raharimanana est un objet distingué : format 14,5 x 19cm, couverture de papier mat, blanc rompu, dépouillé. En bandeau, portrait sobre et commentaire laconique : « Une si cruelle jubilation ». Un des exergues annonce : « J'ai fouetté / Tous les mots / À cause de leurs silences ». La 4e de couverture, quant à elle, ramasse le sujet qui a toujours habité l'auteur, la détresse en son pays : « … Za, personnage démesuré à la recherche du corps de son fils emporté dans un ruisseau encombré de détritus, le 'fleuve de cellophane' ; sa femme est folle, lui-même a connu la prison, la torture. […] Za, gorgé de barbarie, est réduit à la seule liberté qui lui reste, une liberté immense qu'il brandit dans son désespoir, celle du langage, celle du rire… ».
Flacon, ivresse et tessons
Voici donc le début de "Za", roman à déguster avec l'esprit, sans peur de la destruction, puisque jubilation est avant tout signe de vie : « Eskuza-moi. Za m'eskuze. A vous déranzément n'est pas mon vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête, mélanzés dans la mélasse démoniacale et folique. [...] Za m'eskuze. Si ma parole à vous de travers danse vertize nauzéabond, [...] zetez-la ma parole mais ne zetez pas ma personne [...]. Za vous prend la parole ô pessé ô pessé, huitième pécé : orgueil de la gorze qui s'ignore vain tambour, mère des échos qui se fracassent sur la souperbe indifférence de nos maîtres qui savent, savent la suave poussance de la force, poussance contre nous acculés, pressés, broyés, savent la vassale laceté à nous rivée à zamais, savent ils savent. Za m'askuze. Za vous prend la parole : pécé ô pécé, huitième pécé [ ...] ! Za vous prend les mots, pardon, pardon. Za a pas le droit, pas le droit à la parole. Gros pécé, tabou zusqu'au bout des bouts (p. 9-10) ».
Les Malgaches se reconnaîtront dans les formules propres à toute prise de parole. Mais quelle est donc cette langue inouïe ? C'est Raharimanana qui s'invente un langage. Les dysfonctionnements phonétiques et grammaticaux affichent de faux airs d'incompétence : ils sont le moteur d'une francophonie décomplexée. En témoignent les têtes de chapitres, du cousu main à l'ancienne, totalement maîtrisées entre récit de voyage et roman d'aventures voltairien. Déconcertant : « Chapitre 6 : Chapitre que je ne peux que vous déconseiller, ô cher lecteur, Za revient sur sa prétendue torture, ressasse et ressasse encore et toujours la mort de son fils. Il ne s'y passe rien qui fasse avancer significativement cette histoire (p. 45) ». Ou cocasse : « Chapitre 15 : Comment en persistant à dissimuler notre héros, ses sauveurs, amenés à lui organiser une veillée mortuaire, promènent son corps dans les rizières (p. 135) ».Voilà donc qu'il éclaire de très haut, culture à l'appui, le champ enfoui d'une déroute collective. Mais rirons-nous vraiment ? Oui, douloureusement. Sous l'apparence ludique d'une langue défigurée, Raharimanana donnera surtout au lecteur l'opportunité de conter les vivants et les morts-vivants de ses rues, la famille dans laquelle, quoi que puissent en dire ceux qui ne pourront pas s'accrocher, il nous fera entrer avec respect et émotion.
Nivoelisoa GALIBERT ZA aux Éditions Philippe Rey, 2008, 304 p., 19 €. Les Nouvelles du 29-12-07
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