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En France, le public malgache suit peu ses nouveaux talents |
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lundi 5 décembre 2005
En France, le public malgache suit peu ses nouveaux talents
Le constat est amer. Jeudi soir, dans la salle du Satellit Café à Paris, les Malgaches venus voir le concert se comptaient presque sur les doigts des mains : quelques responsables d'associations et de radios communautaires, une poignée d'artistes et quelques curieux. Comme beaucoup de ces nouveaux groupes pourtant reconnus par leurs aînés, Tiharea souffre de l'absence d'un public malgache qui semble abandonner ses nouveaux talents. Romain Dupuy, assurant la communication du Satellit Café, voit chaque soir des groupes venus des quatre coins du monde : « Tous attirent leur communauté qui remplit presque la salle. Sauf les Malgaches. Ils se déplacent très peu pour leurs jeunes artistes », constate-t-il. Pourtant, la déferlante malgache existe. Bien sûr, Jaojoby, Eric Manana, Justin Vali et autres pointures du paysage musical de l'île font régulièrement salle comble avec un public majoritairement malgache. La mahaléomania a quant à elle atteint un tel seuil qu'un de leur concert apparaît presque comme pèlerinage aux yeux de la diaspora. Plus étonnant, les soirées promettant davantage de strass et de paillettes que de véritable musique malgache, remportent un relatif succès -commercial plus qu'artistique- auprès d'une certaine partie de la communauté. Tiharea n'a pas encore la notoriété d'un Mahaleo ou d'un Jaojoby. Pourtant, radios associatives, sites malgaches et médias tournés vers la musique du monde -eux-mêmes référencés sur le site Internet Google news- ne sont une nouvelle fois pas parvenus à faire venir le capricieux public malgache. Rupture de culture Michèle Rakotoson, romancière et journaliste à RFI, donne une explication sur la frilosité du public malgache qui sonne comme un coup de fouet : « La diaspora ne veut pas voir sa culture en mouvement. Elle se réfugie derrière une identité malgache qui se fige ». Selon elle, les nouveaux artistes trouvent peu de place chez une communauté qui ne veut entendre que les mêmes morceaux : le groupe Mahaleo lui-même exprime dans le film éponyme ses difficultés à jouer ses nouveautés face à un public accroché aux anciens succès. La conclusion de Michèle Rakotoson n'épargne pas les sphères politiques : « Nous payons très cher les trente années de faiblesse culturelle à Madagascar », affirme-t-elle, relayée par Andrea, responsable de l'émission radio Fenêtres sur Madagascar : « Nous n'avons pas été éduqué à accueillir la culture », estime-t-elle. Autre voix des ondes, Claudie, des Echos du Capricorne -une émission radio tournée vers la communauté malgache- avoue avoir « essayé depuis sept ans d'inciter les ressortissants de Madagascar « à aller aux vrais concerts plutôt qu'aux soirées variétés ». En vain. Les artistes, eux, en souffrent, comme Doudou, guitariste de Justin Vali, qui déplore que les Malgaches ne se mobilisent que « pour des soirées de variétés malgaches aux influences occidentales » et boudent les artistes fidèles à la culture de leur pays. Réseaux hermétiques Autre analyse du côté de Niry Ratsifa créateur de Sobika.com, site Internet de référence pour la communauté malgache. Pour lui, l'absence de public malgache à certains concerts s'explique par l'existence de deux réseaux de production bien distincts : le réseau malgache et les labels occidentaux par lesquels Tiharea sont produits. Le groupe Mavana, qui a également fait le choix d'un circuit français, met l'accent sur la faiblesse des moyens du réseau malgache : « On nous a récemment proposé d'aller jouer gratuitement à Nancy avec pour seul défraiement du groupe un cachet de 50 euros ». Une somme 30 fois inférieure au barème minimum des frais de déplacement. L'existence de ce double système de diffusion fait que « les producteurs vazaha connaissent mal les réseaux d'annonces et de médias de la communauté malgache. Ils perdent ainsi 15 à 20 % de public malgache lors des concerts. De leur côté, les Malgaches de la diaspora estiment que ces artistes produits par des vazaha ne sont par conséquent pas assez "malgaches" », explique Niry, qui assure toutefois ne repousser aucune annonce de concert provenant du réseau vazaha. L'artiste pourra faire venir ses instruments depuis la Grande Ile, ses textes auront beau chanter la réalité malgache sur des rythmes traditionnels, il restera étranger aux yeux de la diaspora pour avoir fait confiance à un producteur vazaha. « Sous un certain angle, ça peut-être vu comme une trahison », ajoute Niry. Le sentiment communautarisme est donc suffisamment profond pour que les Malgaches de France ne jugent pas un artiste sur son talent et sa fidélité à la culture de son pays, mais sur la nationalité de son producteur. Journaliste averti sur le la scène événementielle malgache, Niry Ratsifa constate que « la communauté malgache n'a pas besoin de vouloir s'affirmer dans son identité. Elle cherche avant tout à s'amuser et se retrouve non pas pour découvrir de la musique du monde, mais pour passer une bonne soirée sur de la variété malgache ». Crise identitaire Les Malgaches allant voir les artistes chantant fidèlement leur pays d'origine seraient donc dans un quête identitaire. C'est le cas de David Ralaimanamisata, un fonctionnaire de 55 ans né en France, qui apprend depuis peu le malgache et va régulièrement voir les artistes inspirés par la Grande Ile : « Madagascar est une partie de moi que je retrouve en venant ici », explique-t-il avant le concert des Tiharea. Mais pour la chanteuse Telike, les Malgaches de France ne veulent pas affirmer leur identité : « Comment voulez-vous que des enfants considèrent leur identité malgache quand leurs parents ne veulent pas l'être eux-mêmes ? Et comme ils ne sont pas non plus entièrement français, ils sont perdus », assure-t-elle. C'est le cas de Hova. Venue d'Antananarivo pour poursuivre ses études en France, elle ignorait que les Antandroy sont un peuple du pays où elle a grandi. « Les soirées variété s'engouffrent dans ce vide culturel qui va dissoudre l'identité malgache. La musique de l'île n'est plus un facteur identitaire pour la communauté, mais un produit pour vazaha », se désole le musicien d'un grand groupe malgache. Triste constat qui pourrait porter préjudice à l'identité culturelle malgache en France.
Benjamin Valverde Les Nouvelles du 05-12-05
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