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Une soirée poétique de l'Upem, à Paris, met en relief la beauté de la langue malgache

samedi 7 mai 2005

Une soirée poétique de l'Upem, à Paris, met en relief la beauté de la langue malgache

 Une soirée poétique, entre Malgaches et en malgache, a été organisée le 30 avril, au FIAP, à Paris, par l'Union des poètes et écrivains de Madagascar (Upem).     Sous le haut patronage et en présence de l'ambassadeur de Madagascar auprès de l'Unesco, Yvette Ranjeva-Rabetafika, en présence également du président de l'Upem, Henri Rahaingoson, dix poètes établis en France ont donné officiellement naissance au Sampana-Frantsa de Upem-Havatsa.   Il s'agit, pour les femmes, de Hanitr'Ony (Salomon Andriamasinony), Andamioly (Andrianaivomanjato), Aina (Randrianavosoa Aina), Rajaonarivelo Lalatiana, et pour les hommes de F-X. Mahah (Razafimahatratra François-Xavier), Fredy Jaofera (Rakotomalala Eric), Dadarabe (Rabe Andriamanarivo), Ny Kanto (Razakandrainibe Fabien), Toetra Raja (Rajaonarivony), Andry Salomon (Salomon).   Tous résident en France, parlent français toute la journée, mais veulent rester attachés à ce qu'ils nomment leur « héritage des Ancêtres », la langue malgache qu'ils savent à merveille faire chanter.   Après les kabary d'usage, tous ont dit leurs poèmes ou ceux des autres dans une ambiance douce sur fond de guitare ou de valiha. Les thèmes successifs sur lesquels tous ont écrit sont l'amour de la langue, du pays, de la famille, enfin l'amour du couple, l'espérance qui en naît. Des chants (Sorajavona, Dadarabe) ponctuaient le programme.   Remarquons l'unité entre les poètes, de ton, de thème, d'objectifs. On est dans l'émotion de l'intime, dans la quête, la célébration des valeurs, dans l'encouragement des exilés parfois tiraillés entre deux cultures. Les mots s'égrènent dans la douceur ou la conviction, jamais dans la colère ni la contestation. Le groupe laisse un premier recueil collectif pour prolonger la soirée : Santa-bokatra.   Reste à leur souhaiter de trouver des oreilles attentives et à les remercier de promouvoir ainsi la langue malgache en offrant des « pauses émotionnelles » loin de la Terre aimée et au cœur d'une société occidentale qui déchire l'individu.     LE SALON DU LIVRE AFRICAIN   Le même jour, à quelques rues de là, au siège de l'Unesco, autre ambiance. Foule africaine autour de nombreux stands, danseurs torse nu et tambours, tableaux, livres, bandes dessinées, revues, sites internet, TV5, auteurs et critiques littéraires célèbres, buffet pour le Salon du Livre africain du samedi. Un vrai succès.   Succès que l'on doit à une équipe d'une quinzaine d'étudiants (dont plusieurs métis) en dernière année de l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences-Po) qui montait là son projet de fin de cycle. Forts du soutien d'institutions francophones et malgré leur méconnaissance (avouée) en la matière, ces jeunes ont vu grand et ont eu raison : on se pressait dans les halls immenses et l'imposante salle de conférence était presque remplie pour la cérémonie de remise des prix en fin de journée.   Comme dans tous les salons, on achète certes, et il y avait un choix de livres pour enfants, adultes, édités à Paris (Sépia, Présence africaine, Acoria, Homnisphères, L'arbre à palabres, L'Harmattan, Pyramides…) et au Cameroun (Ndze), mais on questionne, on découvre, on noue des contacts pour des projets ultérieurs, on s'interpelle, les enfants s'initient à la bande dessinée. Car en parallèle des expositions, les curieux ont entendu des griots, entamé des débats avec des auteurs (citons, antre autres, Véronique Tadjo, Calixthe Beyala, Suzanne Gracius, Bienvenu Sene), écouté des conférences et des tables rondes sur les sujets communs à tous : « 50 ans de littérature africaine : quelle contribution à la diversité culturelle ? », « Le rôle du livre dans la société africaine », « Quelles langues pour quelles littératures ? », « Ecrivains du continent et de la diaspora : identité ou divergences ? ».   Il faut relever la qualité des intervenants, tous africains (sauf le professeur Chevrier, spécialiste le plus connu en France de littérature africaine), chercheurs, auteurs, enseignants, traducteurs, et tous concernés dans leur chair par ces questions brûlantes.   Le jury du concours « Jeunes auteurs d'Afrique », présidé par l'auteur congolais Alain Mabanckou, a remis le 1er prix, doté de 3 000 euros, à un romancier togolais signant Edem pour son roman Port-Mélo. Le récit décrit l'atmosphère étouffante et inquiétante d'un port d'un « pays-relique » africain dans les eaux duquel flottent chaque jour des corps et qu'arpente une terrifiante milice dans un « panier à salades ».   Le deuxième prix (2.000 euros) a récompensé Christophe Battitoula (Congo) pour son recueil de poésie Grain de paix, grain d'amour et le troisième prix (1 000 euros) Mach Hould Koutou (Bénin) pour la nouvelle Le joueur de ludo.   Ce Salon animé avait aussi mobilisé les médias africains de la région parisienne (radio, sites internet) ce qui explique que le public était surtout originaire du continent honoré. Ce fut une occasion de faire le point sur une production littéraire en plein essor, les maisons d'édition s'intéressant à l'Afrique étant de plus en plus nombreuses, le lectorat se développe, les médias abolissent les distances. Mais il y a encore du chemin à parcourir pour sortir les écrivains noirs des collections dites spécialisées, qui les enferment dans leur identité, pour abaisser le coût des livres en Afrique, pour faire lire, en français et dans les langues africaines.   Hélas, l'hommage à Jacques Rabemananjara, le compagnon des fondateurs de la Négritude il y a 50 ans, prévu pour la cérémonie de clôture, fut escamoté.   Mais il faut se réjouir que ce soit des jeunes qui prennent de telles initiatives pour sortir de la morosité et révèlent ainsi les nouvelles plumes. Il y a des talents pour dire le monde tel qu'il va et magnifiquement, même quand c'est pour dire la douleur.  

Dominique Ranaivoson
Reims
Les Nouvelles du Samedi 7 Mai 2005  


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