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Rado

samedi 31 mars 2007, napetrak'i / mis en ligne par Nary


RADO ou l'espoir de la Liberté

« A chaque terrible époque humaine, on a toujours vu un monsieur assis dans un coin, qui soignait son écriture et enfilait des perles ». cette phrase de Valéry m'a fait penser au poète que nous avons à présenter ici par le négatif de son contenu. Georges Andriamanantena, connu des Malgaches sous le pseudonyme de RADO, est en effet loin d'être un observateur inactif qui regarderait ses compatriotes se débattre dans la misère et subir les injustices. Il a bien au contraire, toujours été concerné par tous les combats du peuple malgache. Nous pouvons même sans exagérer lui appliquer cette phrase du poète ukrainien Tarass CHEVTCHENKO « L'histoire de ma vie constitue une part de l'histoire de mon pays ».

Lors de son discours d'investiture à l'Académie Malgache le 28 janvier 1988, RADO a bien montré et démontré que l'homme et le poète sont indissociables. On ne peut parler de l'un sans interroger l'autre. Si l'un représente les perles l'autre est le fil d'or qui les relie. Nous pouvons ainsi comprendre le pseudonyme extrait d'un proverbe qui dit « Voahangy mitohim-bolamena raha misaraka tsy ampy ho RADO » (Des perles reliées par un fil d'or, si on les sépare on n'obtient plus un collier (rado).

Georges Andriamanantena est né le 1er octobre 1923 à Ankadivato dans le quartier d'Antananarivo situé à l'est du Palais de la Reine. Il passa toute son enfance, son adolescence et une grande partie de sa jeunesse dans ce quartier. Il entra en 1929 à l'Ecole Officielle de Faravohitra, puis continua ses études à l'Ecole d'Ambohijatovo Atsimo (de 1933 à 1941) et les termina au Collège Paul Minault en 1942.

Georges Andriamanantena est le dernier garçon des cinq enfants de Gaston Andriamanantena et de Razafindrafara. Dès son jeune âge, son père qui eut beaucoup d'influence sur son parcours littéraire, lui inculqua le goût de la langue et des valeurs anciennes malgaches, l'initia aux toriteny (sermon) ainsi qu'au Kabary (Discours) et à la musique.

Il développa ses connaissances avec des enseignants émérites comme le Pasteur Ravelojaona connu pour son patriotisme et M. Alphonse Ravoajanahary, un des premiers romanciers de la littérature malgache moderne.

C'est en 1943, après ses études, qu'il entre dans la vie active au poste de comptable dans une société d'assurance (La Préservatrice) à Tananarive mais il n'y resta pas longtemps car son goût d'indépendance l'incite à quitter ce travail pour rejoindre son frère Célestin Andriamanantena à la rédaction du journal HEHY (Rire). Il exercera ce métier de journaliste dans un premier temps jusqu'en 1966. Il n'interrompit cette collaboration que pour poursuivre ses études à l'Ecole de journalisme de Strasbourg en 1960. En 1961 lors de la énième saisie de leur journal il écrit son célèbre poème « Ry fahafahana » (O Liberté). Pendant une dizaine d'années il travaillera à la maison d'édition protestante d'Imarivolanitra. Il reprendra pendant deux ans son métier de journaliste, de 1976 à 1978, puis sera employé par le Ministère de la Culture et de l'Art Révolutionnaire.

Entre temps il aide les jeunes qui veulent s'initier à l'art du Kabary et récite ses poèmes sur scène lors de certaines manifestations culturelles, ainsi que sur les ondes de la Radio ou à la Télévision.

Son premier recueil paru en 1973 sous le titre « Dinitra » (Sueur) et préfacé par son frère, contient tous les thèmes chers à RADO. Nous y remarquons surtout son attachement à trois notions qu'il précise dans son allocution devant les membres de l'Académie Malgache le 28 janvier 1988 : l'Amour, Dieu et la Patrie. Mais l'intérêt de Rado pour tous les événements qui secouent la Grande Ile ne l'empêche pas de s'intéresser aux problèmes humains qui se passent ailleurs dans le monde. Dinitra rassemble les poèmes écrits entre 1943 et 1979. Nous y trouvons des poèmes sur l'apartheid en Afrique du Sud, sur les luttes fratricides notamment en Rhodésie, sur la guerre du Vietnam. C'est cet élan qui le porte vers les autres et qui a sans doute fait dire à son ami poète Dox Razakandraina (1913-1978) : « Tu es un poète de la Liberté en luttant avec ceux qui sont encore sous le joug de la colonisation. Tu as su conforter la fraternité qui nous lie aux Africains dans : « Mainty aho »(Je suis noir). Bien que le canal de Mozambique soit très profond et même si je crois que nous somme des orientaux, la fraternité que tu prêches est celle de toute l'humanité. Tes poèmes redonnent du courage à tous les opprimés. »

Rado est un militant des premières heures du parti d'opposition AKFM d'avant l'Indépendance. L'étude de ses poèmes permet de constater l'idéologie de ce parti. Mais il n'est pas un adhérent passif il lui arrive de prendre le contre-pied des prises de positions de son parti. Dans le poème « Dia ho nisy ve ? (Cela aurait-il pu exister ?) ou « Mahazo maty » (Tu peux mourir maintenant) écrits en mai 1972 et inspirés par la manifestation des étudiants, il prend la défense des manifestants, s'écartant ainsi de la position prise par son parti qui s'était dressé contre cette manifestation. Il appuyait la jeunesse porteuse d'espoir et il ne craignait pas non plus de mettre en cause les pouvoirs en place. Dans un pamphlet intitulé : « Boloky » (Perroquet) , paru en 1991, il fustige les parlementaires qui ne font qu'approuver ce que le Président de la République propose ou impose.

Rado peut être considéré comme l'un des meilleurs poètes engagés malgaches. Engagement dans tous les sens du terme. Beaucoup de poètes se considèrent ou sont considérés comme poètes engagés parce qu'ils écrivent des poèmes inspirés par une situation politique. Ce n'est pas le cas de Rado dont les poèmes sont des récits non édulcorés de sa participation active et intime à la vie de la société malgache. Ce qui est saisissant chez lui c'est surtout l'annulation de la distance entre le « moi de tous les jours » comme le dit Dox et le « moi » du poète. Son allocution lors de sa réception à l'Académie malgache permet de mieux comprendre l'attitude de l'homme poète devant les événements politiques et sociaux qui ont secoué et secouent encore la société malgache. Elle met aussi en évidence le lien intime entre la vie au quotidien et son œuvre. Sa vraie particularité réside dans son universalisme. Pour Rado tous les hommes sont frères et tous ses poèmes expriment cette conviction. Ses poèmes sur l'Afrique du Sud et sur le Mozambique ont servi de modèle à beaucoup de poètes malgaches des années 70 et 80, qu'ils soient de langue malgache ou française. Mais très peu ont réussi à rendre la sincérité qui caractérise les vers de Rado. Chaque situation d'injustice éveille en lui des sentiments de honte, d'impuissance et de révolte. Mais, dès lors qu'on s'attend à y trouver des lamentations et des cris de désespoir, ses poèmes sont au contraire des hymnes d'espoir. La beauté d'un texte comme « Maty » (Elle est morte) tient à l'expression d'un sentiment qui sort de l'ordinaire pour un malgache : encenser une fille de joie et traduire cette émotion en toute simplicité. Prière émouvante qui nous touche par son ton direct : « Donne-lui le ciel car elle a déjà vécu son enfer ici-bas ». Le poète se rapproche de ceux qui sont exclus de la société.

Outre la poésie, il possède des dons incontestés pour la musique et la peinture. Rado a composé une vingtaine de chants religieux qui sont connus à travers l'Ile et même à l'étranger, non seulement par les protestants, pour qui ils ont été composés mais par tous les malgaches.

« Sedra » (Epreuves) comme son titre l'indique est un recueil qui rassemble surtout des poèmes dédiés à des amis ou membres de la famille du poète décédés avec, comme toile de fond, le regard que le poète pose avec lucidité sur son île.

« Zo » (Droit) revendique le droit d'aimer, de dire et d'être libre. La poésie est pour lui un combat contre la mort et l'oubli. Comme L.S. SENGHOR l'a dit : « Il faut attaquer la mort sur son terrain, sur le terrain de l'existence. Et, le seul moyen c'est d'exister dans l'esprit des autres, des générations suivantes . On ne peut exister que par la poésie ».

Le choix de RADO de n'écrire qu'en malgache, bien que possédant le français comme ceux qui ont étudié au Collège Paul Minault, s'explique par la révolte contre l'acculturation de son peuple. Dans le poème « Vahiny » (Etranger) il s'insurge : « Etrange ! dans mon propre pays on m'exige de connaître la langue d'autrui si je veux trouver un emploi pour nourrir ma famille ». La pureté et la précision de la langue utilisée par Rado ne facilitent pas la traduction. Il est évident que toute traduction a fatalement des limites. Nous avons pourtant essayé de rendre autant que possible l'original de chaque poème choisi ci-après.

François-Xavier RAZAFIMAHATRATRA


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