|
GIL DANY RANDRIAMASITIANA
RAPPORT DU CDE vendredi 16 février 2007, napetrak'i / mis en ligne par Nary Le Professeur Gil Dany RANDRIAMASITIANA est Maître de conférences H.D.R et Directeur du Centre d'Etudes et de Recherches en Sociologie à l'Université d'Antananarivo. Il a publié diverses communications dans des revues spécialisées et scientifiques de différents pays. INTRODUCTION La grille LAFDEF de 1991 a fait l'objet de quelques améliorations afin d'en faciliter l'usage sans transformer l'esprit. Le réseau ODFLN dirigé par CHAUDENSON a adopté une version modifiée en 2000 dans l'ouvrage Mondialisation : la langue française a-t-elle encore un avenir ? Le projet conçu par le réseau envisage de publier un ouvrage collectif qui analysera sous une forme, synthétique et graphique les données recueillies pour les 56 pays de la Francophonie (contre 21 seulement en 1991). L'objectif est d'établir un état des lieux et une présentation des situations prenant en compte le français et les langues partenaires. Nous sommes chargé dans le cadre de ce projet d'exposer le cas de Madagascar. En effet, les relations entre les langues en présence à Madagascar ont très souvent été de nature conflictuelle et ont laissé fréquemment transparaître une répartition fonctionnelle, pour emprunter un concept de MACKEY, W.F. (1997 : 62), inégale. Soucieuse de sauvegarder l'intérêt commun (DECARY, R. 1951) et de rechercher constamment le consensus et le juste milieu, la société malgache manifeste en partie une allégeance aux principes stoïciens et aux modes d'existence des sociétés iréniques (MENDRAS, M., 1975 : 214). Certes une frange d'intellectuels malgaches hausse le ton sur cette dynamique socio-linguistique et cette problématique ethno-linguistique latente qui marginalise les enfants du peuple aussi bien dans le cursus scolaire/universitaire (voir la thèse de BOURDIEU, P. et de PASSERON, J.C. 1964) que dans l'insertion professionnelle (MFE, INSTAT, Décembre 1997, p.14). Mais la société malgache, à prépondérance paysanne et enclin aux valeurs ancestrales (RANDRIANARISOA, P., 1967. et 1959 ; RENEL, C., 1913, etc.) semble insensible ou plutôt relègue au second plan les rapports entre langue(s) et société et la diglossie enchâssée (BENIAMINO, M. 1997 : 129 - 130). Cela est patent à partir du moment où les conflits existants, quelles que soient leurs natures, n'ébranlent pas les schèmes culturels profonds ou le patrimoine immatériel. Cette contribution s'inscrit dans une approche à la fois systémique (ROCHER, G., 1968 : 194 - 197) et diachronique (ibidem, p. 197 - 200). Elle s'appuie en outre sur une étude macro-socio - linguistique (CALVET, L.J, 1993 : 97 - 102) et variationniste (LAFONTAINE, D., 1986 : 22) en ce sens que nous adoptons un point de vue objectif sur le monde social en insistant sur les déterminismes qui pèsent sur les individus et les échanges symboliques. Ainsi, la première partie de cet exposé sera centré sur l'analyse du statut des langues en présence à travers l'officialité, les usages institutionnalisés, le système éducatif, les moyens de communication de masse, les possibilités économiques et les représentations sociales (BILLIEZ, J et MILLET, A., 2001 : 31 - 49). La seconde partie sera axée sur l'analyse du corpus sous quelques angles majeurs à savoir l'acquisition/apprentissage, la vernacularisation/véhivularisation, la compétence, la production langagière et la consommation langagière. Les résultats finaux figureront dans un tableau synoptique. * * * PARTIE -I- STATUS 1- Officialité La tradition littéraire écrite en caractères arabico-malgaches est un héritage laissé par les premières familles musulmanes venues dans la grande île aux 11-13e siècles. Cette orthographe, appelée sorabe a été conservée, gardée secrète par la tribu Antaimoro (littéralement "ceux du littoral", ce sont en grande partie des cultivateurs) de la côte est de Madagascar. Il y a eu une restriction numérique dans le transfert des compétences car " une vingtaine de personnes par génération apprenaient à lire et à écrire et transmettaient ces anciens manuscrits, de caractères religieux ou historique, aux futures générations " Il faut noter que le roi RADAMA Ier (1810-1828) avait engagé les porteurs de la tradition arabico-malgache pour que ces derniers puissent enseigner aux jeunes des classes supérieures de la capitale à lire et à écrire le sorabe. L'accès à la lecture et à l'écriture était déjà sélectif, l'acquisition du savoir était réservée à une infime couche de la société de l'époque. Outre cette institution de la graphie arabico-malgache, le même roi fixa les règles de base de la langue malgache avec l'aide du citoyen gallois, le révérend Jones de la London Missionary Society (LMS) et d'un sergent français Robin, déserteur de La Réunion. Ces deux Européens luit ont appris l'écriture en caractères latins de la langue anglaise et de la langue française. En fin de compte RADAMA Ier " opta… en raison de commodité pour l'écriture du malgache en caractères latins en retenant la phonétique proposée par Jones. Convenant davantage à la langue malgache, en ce qui concerne les voyelles. Radama adopte le principe de la constance absolue de la valeur de chaque lettre en décrétant sans ambages : " A c'est A " et élimina les lettres inutiles ou n'existant pas dans la prononciation malgache, telles que c, q, u, y, w mais admettant comme seule fantaisie orthographique la lettre y en fin de mot ? (RANAIVO, 1979, 507-523) On peut postuler ici la (pré)standardisation du malgache à dominante merina (ceux des hauteurs). La proportion des types indonésiens est plus marquée chez les Merina. Comme RAMIANDRASOA , F. ( 1976), PÂQUES, V. (1974 :117) pense que les Merina " …se sont imposés à une population locale noire, les vazimbas formant ainsi le nouveau peuple Merina qui, vers 1650, se donne une capitale, Tananarive ( la ville des mille) à partir de laquelle les Merina vont rayonner pour constituer un royaume malgache qui s'étendra à l'ensemble de l'île jusqu'à l'arrivée des Français ". A la diversité des caractères anthropologiques des Malgaches et des groupes ethnolinguistiques (la typologie " officielle " en recense 18) s'oppose l'unité (relative) de la langue malgache qui " …appartient… à la branche malayo-polynésienne occidentale et son berceau serait, toujours d'après les recherches de Dahl , le sud de Bornéo (car les langues les plus proches du malgache seraient les langues du sud-est de la région du fleuve Barito en particulier le maanjan). Cette langue a cependant subi au départ l'influence du malais et du javanais. A l'arrivée, elle entre en contact avec les langues bantoues et plus tard emprunte à l'arabe, à l'anglais et au français ". RAJAONARIMANANA, N.( 1995 : 7-8) Après la promulgation du décret royal du 26 mars 1823 , la langue merina est devenue la langue officielle de traduction de la bible et de l'évangélisation, celle de l'administration royale. ; de la mission protestante britannique et de l'enseignement ; des dictionnaires bilingues, des répertoires lexicaux de dialectes et des livres de grammaire furent publiés par des Européens ( FLACOURT, 1658 - DRURY, R, 1729 - CHALLAN, 1773, etc.) . L'hégémonie du royaume merina et la mission protestante britannique constituent en fait les instruments de diffusion de la langue merina aux plans éducatif et évangélique dans les autres régions de Madagascar. En dépit du contact pluriséculaire avec le français et des rivalités franco-britanniques (RATSIVALAKA, R. G. 2001 : 100 - 109), la langue française ne fut imposée comme langue officielle et langue d'enseignement qu'après l'annexion du 6 Août 1896. Même si l'administration coloniale française imposa un monolinguisme sociétal et institutionnel elle continua à employer la langue malgache standard comme vernaculaire pour les communications entre la communauté métropolitaine et la communauté autochtone jusqu'à l'octroi de l'indépendance, le 26 juin 1960. Toutefois cette gallicisation imposée " …entraîna… la naissance et le développement d'une presse et d'une littérature en langue malgache qui permirent à celle- ci de se maintenir et de devenir le symbole de l'identité nationale ". (RAJAONARIMANANA, N., 1995, op. cit., p. 8) Beaucoup d'historiens sont unanimes pour dire que la première décennie de l'indépendance (1960-1972) engendre une situation néo-coloniale ; en effet, les firmes françaises et les Français maintinrent leurs prérogatives. La république malgache opta pour le bilinguisme : le français et le malgache standard devinrent alors les deux langues officielles. Le mouvement estudiantin de " mai 72 ", force motrice de la libération nationale (thèse de CALVET, L-J, 1974 : 137) et de la francophobie, renversa le premier président de la République TSIRANANA P., le " roitelet local " (ibidem). Après une période transitoire de défrancisation brusque, le régime d'inspiration nationaliste, pour ne pas dire " chauviniste ", préconise le retour aux sources, la revalorisation de la lingua franca et de la culture maternelle, c'est-à-dire la langue et la culture malgaches. Est-il besoin de rappeler que les Malgaches furent divisés en deux camps opposés : Cette malgachisation à outrance et multisectorielle s'inspira de l'idéologie socialiste développée dans la Charte de la Révolution socialiste malgache , le bréviaire des citoyens de l'époque. La mise en œuvre d'un bilinguisme de circonstance est explicite si nous nous appuyons sur le contenu de l'article 10 de la loi 78-040 du 17/08/1978. Cet article nous apprend en substance que le malgache officiel et ses variantes régionales ainsi que le français sont utilisés comme langues officielles jusqu'à la mise en place d'un malgache commun. Faute de planification linguistique (De ROBILLARD, D., 1997 : 228 - 229) rigoureuse et surtout de moyens financiers, les travaux de malgachisation (RANDRIAMASITIANA,G.D., 2000 : 130-164) m'ont pas pu être menés à terme. La malgachisation des enseignements dans le second cycle de l'enseignement secondaire dictée par la décision numéro 80-020 MINESEB du 23/04/1980 en est un exemple. Hormis les revendications d'une frange des provinces côtières (60% de la population) liées à la " démérinisation " ( BAVOUX, C. et C. 1993 : 80 ; DUMONT, D. , 1995 : 28 :BABAULT, S. (2000 : 322…) parce que la langue malgache surtout écrite est associée à l'élite merina, à la population des hauts plateaux longtemps sujette à problèmes de la présence et de la colonisation françaises à Madagascar. Y est sous - jacente la " politique des races " de GALLIÉNI. Mais cette francophilie des régions côtières est par certains côtés (éclatement de l'insurrection/la rébellion de 1947 en provinces, utilisation du malgache standard dans les discours officiels et à l'assemblée nationale…) relative. La diglossie enchâssée (BENIAMINO, 1997 : 129-130), générée par le malgache standard, le malgache dialectal et le français qui sont en situation de contact (situation de triglossie), ne facilite pas le choix de la politique linguistique des élites de province en général et du pouvoir central en particulier. Afin d'éviter les dissensions à caractère ethnique et linguistique, comme nous le suggère DION, L. (1981), il a fallu choisir le français comme langue du consensus. Le terrain éducatif étant le lieu récurrent et privilégié d'application et d'évaluation d'une politique éducative et linguistique, les responsables du ministère malgache de l'enseignement secondaire et de l'éducation de base (Mineseb) officialise de nouveau dans la note service numéro 86/22958/MINESEB/DES1 du 29 / 09/ 1986 la possibilité pour les enseignants du second cycle de l'enseignement secondaire de procéder aux explications et aux résumés des leçons en malgache. La polynomie (BAVOUX, C. 1997 : 75), les alternances et les mélanges de codes devenaient de ce fait monnaie courante dans les pratiques d'enseignement. La relance du français constitue pour les nostalgiques d'un passé unilingue et francisant une sorte de retour salutaire ; mais les détenteurs de la " variété haute " voudraient par ailleurs garder leurs privilèges (performances scolaires, réseaux socio-linguistiques forts...) de père en fils. Au niveau éducatif ce retour se traduit par une augmentation du volume horaire consacré à l'étude du français. Dans ce même ordre d'idées A toi de parler (ou ATPD) fit son apparition en 1985. C'est un manuel de français langue étrangère qui a été conçu par une équipe mixte franco-malgache (CREDIF-MINESEB) avec la collaboration de l'ACCT, du CNAPMAD et de l'EDICEF-HATIER et qui est destiné aux écoliers à partir de la troisième année du primaire jusqu'en 2003. L'ennui est que, en dehors de l'explosion de la population scolaire suite à la démocratisation, la majorité des instituteurs ne parlent pas correctement le français (FORESTIER, P., 1992), sont sous-équipés et sous-qualifiés (De ROBILLARD, D. 1997, op. cit. p. 230). Il ne faut pas oublier que des contingents des bacheliers ont reçu des formations idéologiques et pédagogiques à la hâte afin d'augmenter l'effectif des enseignants du primaire et du secondaire. Calqué sur le modèle des pays socialistes, ce service national hors des forces armées (S.N.H.F.A) a eu également des influences négatives sur la baisse du niveau des apprenants en français. Par ailleurs, la 6e français, la 5e, la 4e et la 3e dans la collection IPAM firent également leur apparition. La formation en cascades relative à l'utilisation de tous ces nouveaux manuels n'a pas apporté les résultats escomptés. Face au désappointement général causé en partie par une erreur stratégique découlant d'une trop forte mainmise de l'idéologique sur la réforme éducative et linguistique, les responsables du Ministère de l'Instruction Publique ( MIP ex MINESEB) décidèrent, après la chute du président de la IIè République RATSIRAKA en 1991, de prendre en compte les recommandations du Forum National parmi lesquelles la reprise de l'enseignement en / du français ; la circulaire numéro 92/0015418-MIP/DEP1 du 07/07/ 1992 ne fait que renforcer cette décision. Entre temps, le Programme de Renforcement du Système Educatif Malgache (PRESEM) Phase I a vu le jour avec la convention numéro 120/C/91 du 24/06/1991 entre les gouvernements français et malgache. Il ne s'agit pas seulement d'apporter un appui à l'enseignement du français mais aussi à un appui institutionnel, matériel… Après trois ans, PRESEM II a poursuivi les actions menées lors de la première phase. La constitution de 1992 stipule dans son article 4 que le malgache est la langue nationale mais celle - ci souffre d'un rapport conflictuel et concurrentiel avec la langue du colonisateur. Avec l'avènement de la IIIè République en mars 1993, il est intéressant de noter que les dispositions juridiques à caractère linguistique apparaissent de nouveau dans les lois scolaires. Ainsi, la nouvelle loi régissant le système d'éducation et de formation à Madagascar et portant le numéro 94-033 du 13/03/1995 stipule : La politique linguistique nationale doit en priorité tendre à la satisfaction des besoins correspondants aux trois fonctions primordiales de l'apprentissage linguistique : * fonction d'épanouissement de la personnalité et le développement intellectuel ; * fonction d'outil d'accès aux divers ordres de connaissances indispensables à l'insertion dans la vie nationale et le monde moderne ; * fonction d'ouverture impliquant l'acquisition de langues d'envergure internationale et / ou régionale pour le choix desquelles il sera tenu compte de l'aire géo - culturelle et de la situation géographique ainsi que des objectifs socio-économique de Madagascar. Les concepteurs ont choisi d'occulter le français, l'anglais et les autres langues dans les concepts tels que langues étrangères, langue de communication internationale. Cette dissimulation volontaire est évidente malgré la redynamisation et la revalorisation de l'enseignement/apprentissage du français à Madagascar. En outre, une lecture sociolinguistique de "complémentarité fonctionnelle" engendre plusieurs interprétations : s'agit-il ici de la répartition fonctionnelle dont parle MACKEY ? ou bien s'agit - il ici d'un usage alternatif des langues en présence au plan interactionnel (communication ordinaire, informelle, formelle…) en vue d'une complétude ou d'un complément sémantique ? etc. Le projet de loi portant révision de la constitution en 1998 qui a été adopté par l'Assemblée Nationale maintient en son article 4 la langue malgache comme langue nationale. La forte demande sociale en français et le poids socio-historique de cette langue étrangère, la fonction prestigieuse et la fonction de communication internationale que le français assure dans la vie nationale font de cette langue une langue (quasi) officielle, une première langue additionnelle, pour reprendre une terminologie de l'école de Cape Town (PRAESA), après le malgache officiel. De surcroît, les cadres quadragénaires, quinquagénaires et sexagénaires actuels sont en grande partie formés dans un système d'éducation français ou francophone. Les bilingues biculturels (HAMERS, J. F et BLANC, M, 1983) osent même parler de culture franco-malgache. Il nous paraît difficile de se débarrasser des schémas mentaux savamment entretenus par l'ancienne puissance coloniale. Par ailleurs, les diplomates malgaches utilisent le français dans les réunions onusiennes. 2- Usages institutionnalisés 2.1- Textes officiels Après ce parcours historico-socio-linguistique de l'officialité fluctuante des langues en présence à savoir le malgache standard et le français, voyons son /ses effet(s) sur les textes officiels. Les concepteurs et les rédacteurs des textes officiels (loi, décret, arrêté, décision…) font partie des cadres susmentionnés. Ainsi, le texte matriciel ( de base) est d'abord rédigé en français puis traduit en malgache standard ; le premier occupe la première moitié à gauche de la page du journal officiel (J.O) de la République, le second, l'autre moitié, à droite. Journal hebdomadaire et bilingue, le J.O est vieux de 120ans. Il est sous tutelle de la primature et est distribué gratuitement aux différents départements ministériels à l'échelon national de la fonction publique. Il est vendu à un prix raisonnable, de 40 centimes à 80 centimes euros seulement ; le nombre de tirage est limité, les problèmes routiers (beaucoup de routes demeurent uniquement praticables en saison chaude) viennent s'y ajouter. Par conséquent toute la couche bilingue de la population malgache ne peut pas se le procurer ou même le lire. L'imprimerie nationale est sa maison d'édition. Les éditions sont reliées par année, conservées et consultables aux archives nationales à Antananarivo. 2.2. Les textes administratifs nationaux Il serait fastidieux et rébarbatif si nous répétons encore ici les organisations administratives des trois Républiques à Madagascar. Disons brièvement que les Malgaches ont connu tour à tour cinq sortes de régimes : monarchique, colonial, présidentiel, présidentiel à tendance bicéphale ou socialisante et (semi) parlementaire tout dernièrement. La République de Madagascar est organisée, suivant l'article 2 de la Constitution, de 1998 en 6 provinces autonomes à la tête desquelles se trouvent des gouverneurs. Les provinces autonomes s'engagent à mettre en œuvre les mesures spécifiques ci -dessus : Même si les structures d'administration des provinces autonomes ont subi des modifications majeures (remplacement du Gouverneur par le Président de la Délégation Spéciale, annulation de la fonction de commissaire général, etc.) après la crise de 2002, elle semblent actuellement reprendre son mode de fonctionnement d'auparavant c'est-à-dire de 1992. Toutefois la réduction optimale du nombre des ministères (de 30 on est passé à 19) réalisée en janvier 2004 a abouti à une fusion de deux ou plusieurs ministères d'où la ré - organisation de l'ensemble des services et agents chargés de la gestion des affaires publiques. Néanmoins les administrations publiques (et privées) s'inspirent dans l'ensemble du modèle bureaucratique français et comprennent pour l'essentiel l'Etat et les collectivités locales. Elles produisent des services non marchands (tenir l'état civil, une éducation nationale, on distingue en effet deux modes de fonctionnement linguistique : à mesure qu'on s'achemine vers les hiérarchies/instances administratives des fivondronana (division administrative équivalente de la sous-préfecture), on remarque l'usage du français dans les textes administratifs tels que les notes, les circulaires… Et à mesure qu'on descend vers la hiérarchies / instances administratives des collectivités locales décentralisées, on note un usage plus marqué du malgache standard et des parlers régionaux dans les textes administratifs quitte à faire un recours à la traduction interlinguale des responsables locaux, la visée principale étant la compréhension des ruraux souvent monolingues (et analphabètes). Malgré ces modes de fonctionnement bi-directionnel et bilingue, le français demeure la principale langue de travail, la langue empruntée pour la conception et surtout la rédaction des textes techniques comme les projets d'adduction d'eau à soumettre à l'approbation des bailleurs de fond, d'installation téléphonique… Il faut mentionner malgré tout que certains services publics tels que les services postaux, les services des contributions directes et des douanes, le service du passeport national… ont depuis quelques décennies choisi la voie bilingue (paositra rapida, numerônaka, etc.) le choix du malgache standard/dialectal et du français. Avant le remaniement gouvernemental susmentionné, la plupart des enseignes des ministères étaient trilingues (malgache standard - français - anglais), les uns bilingues (malgache standard et français), les autres monolingues (malgache standard) (voir aussi l'Express de Madagascar du 27.2.2004). Quelques correspondances administratives commencent à être rédigées en malgache standard. Est-ce à dire que l'administration à l'intention de re-valoriser la langue malgache mais en même temps de s'ouvrir aux partenaires anglophones ? Ayant une centaine de pages, le Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (ou DSRP, mai 2003, Antananarivo, p.81 et 104) ne fait mention que d'une façon très laconique et très superficielle les problèmes des langues (élaboration et diffusion en version trilingue - L1, L2, L3 - des bulletins d'information commerciale, d'un guide de l'exportateur, des recueils de textes relatifs au commerce et à l'intégration régionale puis intensification de la maîtrise des langues malgaches et françaises) dans le processus de développement (rapide et durable). L'usage de dernier " des " est par ailleurs sujet à polémique. 2.3. La justice La machine administrative coloniale et néo-coloniale a laissé aussi ses empreintes dans le domaine juridique. L'organisation judiciaire malgache ressemble pour l'essentiel à celle de la France. La première place revient de ce fait à la langue française en dépit des efforts de malgachisation de la langue juridique. Cet inachèvement est la principale explication du recours à la traduction interlinguale (L2ËL1). Il n'est pas rare d'entendre des alternances et des mélanges de codes lors des audiences. Puisque le malgache standard et le français sont les deux langues autorisées dans les tribunaux, les requêtes des plaignants peuvent être rédigées dans la langue de leur choix. Les présidents, les procureurs, les avocats, etc. chargés de l'affaire choisissent la langue utilisée par les premiers durant les / l'audience(s) (souci de compréhension et motivation cognitive pour reprendre les mots de BALTAR, 1994 : 27 cité par VIÊT DUNG, L., 2000 : 340). Est-il besoin de rappeler ici par exemple que les audiences débouchent parfois sur des décisions/conclusions hâtives et erronées à cause des problèmes phonétiques : le juge pose la question relative au nombre de bœufs volés par l'inculpé et ce dernier réplique i ? - le juge postule alors que l'inculpé en a volé [sis] ; puis ces juristes rédigent le procès - verbal et l'ordonnance, l'arrêt et la grosse… en français. Lors des séances de tribunal local et coutumier appelé " tribonalim-bahoaka ou fitsaram - bahoaka ", l'usage des langues étrangères est défendu et la langue des ancêtres (tenin-drazana) est la langue de communication intracommunautaire. 2.4. L'administration locale En situation formelle, la langue de communication dans les collectivités locales décentralisées reste le malgache standard ou officiel pour les textes écrits et les régiolectes (variétés locales) pour les interactions verbales. Il arrive parfois que les agents de santé et d'agriculture, les agents de l'élevage et de la circonscription scolaire utilisent le français (longtemps considéré comme langue du commandement ou " teny baiko ") pour symboliser l'autorité qu'ils représentent. Ces agents se placent en position d'administrateur et les populations locales en administrés. Certes, il s'agit d'une communication verticale unilingue mais très souvent ces agents font une traduction approximative des notions qui ont été transmises, les objectifs terminaux sont loin d'atteindre un meilleur réinvestissement des acquis, une adhésion et un engagement des populations au processus de développement. Se superpose au système administratif national, une organisation juridico- administrative dans les collectivités décentralisées appelé " Dina ". Il s'agit de pactes ou de conventions entre les populations locales qui régissent certaines activités socio- économiques ainsi que le maintien de l'ordre et de la sécurité de la population. Chaque région utilise son parler régional. Ces Dina sont rédigés, d'entente avec le ministère de tutelle (celui de l'intérieur) en malgache standard en guise des balises et de sanctions " pénales " aux transgressions potentielles des règles établies par les populations locales, l'absence aux travaux locaux d'intérêt général, le vol de bœufs … les fonctionnaires ( constitués de cadres ou de techniciens, pas forcément de juristes ) représentants du pouvoir central, interviennent dans les débats et les délibérations puis rédigent " objectivement " les rapports en malgache standard s'ils n'ont pas été corrompus. 2.5. La religion Dès le XIème siècle, l'Islam exerça des influences sur la culture malgache ; on peut citer notamment à ce propos les pratiques astrologiques et l'écriture arabico-malgache. Toutefois ces influences n'affectaient pas profondément le domaine religieux traditionnel qui constitue le lien de l'organisation sociale. La cosmologie malgache repose sur une croyance en une divinité suprême et sur la vénération des Ancêtres , intermédiaires - arbitres de tous les dons indispensables à la conservation de la vie. Des lazaristes français (GONDRÉE et NAQUART) s'installèrent, de courte durée (seulement 6 mois pour le premier et un an pour le second car ils moururent) à Fort-Dauphin. Avec l'aide d'un interprète, NACQUART imprima en 1657 le catéchisme d'obédience islamo-malgache ayant pour but de trouver les équivalents malgaches aux concepts chrétiens. Ce fut le premier ouvrage en langue malgache. Un autre moment fort dans l'histoire de la religion à Madagascar fut l'arrivée des missionnaires de la London Missionary Society (cf I.1). Fondée en 1795, cette société interconfessionnelle était composée surtout de congrégationalistes où prédominaient les Gallois (HÜBSCH, B. éds 1993 : 493) . Avec l'aide de leurs meilleurs élèves, les missionnaires achevèrent la traduction et l'édition de la Bible le 21 juin 1835. RADAMA Ier (1810 - 1828) s'entendait bien avec les Européens car ils voulaient moderniser son pays. Ainsi, il n'est étonnant de voir l'implantation du protestantisme en Imerina (province d'Antananarivo) et dans le Betsileo (province de Fianarantsoa). Toutefois de 1829 à 1857, RANAVALONA Ière (1828 - 1861) interdit et réprima sévèrement toutes les activités évangéliques, éducatives … des missionnaires et des chrétiens (RALAIMIHOATRA, E, 1969 : 168 - 169) . Le 1er mars 1835, elle disait : " … je ne prierai pas les ancêtres des Européens, mais Dieu et mes ancêtres. C'est grâce à cette coutume, que les douze rois ont régné et que j'ai régné moi-même. Vos propres ancêtres ont respecté cette coutume. Quiconque pratique la nouvelle religion, je le mettrai à mort, ô peuple, parce que je suis l'héritière des douze rois " (Tantaran' ny Andriana eto Madagasikara, tome II, CALLET) . Avec la reine RASOAHERINA (1863-1869), le christianisme protestant acquiert une importance officielle. Par conséquent, les sympathisants affluèrent. Une géographie ethnoreligieuse en découla : " les luthériens, originaires du Norvège, reçoivent le sud de l'île, la LMS le Nord tandis que les anglicans commencent à l'Est et bientôt les Quakers (Frenjy, de Friends) travailleront à l'Ouest… " (HÜBSCH, B., éds, 1993, op. cit.p. 497) Après la greffe protestante, il y a eu aussi la greffe catholique ; les missionnaires catholiques s'installent à Antananarivo avec les sœurs de Saint- Joseph de Cluny. Comme les pasteurs protestants, les jésuites ouvrirent des écoles, entreprirent la collecte des traditions orales, réalisèrent des travaux cartographiques, etc. Les régions de l'Imerina et du Betsileo avaient accueilli avec ferveur le christianisme protestant et catholique. Les Jésuites tentaient vainement de s'implanter dans le Sud avec les luthériens, dans la côte Est et les petites îles. Ce déséquilibre initial de la géographie ethnoreligieuse continue de marquer encore la grande île jusqu'à ce jour surtout au plan du développement régional et socioculturel. Avec le développement de l'anticléricalisme en France, c'est AUGAGNEUR, successeur de GALLIÉNI (1896-1905) qui poursuit l'œuvre coloniale et antireligieuse à Madagascar. L'intervention des religieux a été déterminante dans l'histoire politique de la nation : contribution des syndicats chrétiens aux événements de 1947, engagement des Eglises dans l'avènement de l'autonomie en 1959, de l'indépendance en 1960, de la chute de la seconde république en 1991, de l'accès de l'actuel président à la magistrature suprême après les événements de 2002. La principale langue d'interaction, de prédication est généralement le malgache standard après l'arrivée des missionnaires. Durant les cours bibliques et les offices, chaque localité est libre d'utiliser soit la langue commune soit le parler régional. L'emploi du français durant les cultes ou les écoles du dimanche (sekoly alahady) reste l'apanage de certains grands centres urbains sinon les chefs- lieux de province même. Par ailleurs, il est intéressant de souligner que beaucoup sinon la plupart des prêtres, nous l'avons vu précédemment, provenant en majorité de l'espace anglophone et surtout francophone, ont appris le malgache standard en deux étapes (d'abord le malgache fonctionnel puis une pratique immersive dans un milieu où ils sont obligés de communiquer avec le parler régional de la région d'accueil) et s'y exprime (malgré la persistance de quelques déviances phonétiques et intonatives qui n'influent pas sur la compréhension du contenu sémantique) avec enthousiasme et passion. 3- Education L'éducation formelle est, nous l'avons vu auparavant (cf. partie I paragraphe 1.), le seul domaine ou les lois linguistiques apparaissent fréquemment. Les orientations linguistiques sont largement tributaires des orientations politiques. L'évolution en dents de scie de la politique linguistique a eu des retombées didactiques : marcottage méthodologique, pratique bicodique… en classe de langue(s) ou de matières scolaires scientifiques, hétérogénéité des compétences linguistiques, communicatives et culturelles en L1 ( malgache) et en L2 ( français) générant une situation de semilinguisme (Hamers, J-F, 1997 in Moreau, M-L, eds, 1997 : 98) pour les apprenants qui ont d'une manière générale fréquenté les écoles primaires publiques, les écoles laïques mineures… . Cette sinuosité de la politique linguistique a engendré trois orientations discontinues : la belle époque de l'unilinguisme (période antérieure à 1972), l'époque déroutante du bilinguisme de circonstance avec une malgachisation mal planifiée et sous - équipée (1972-1991), l'époque du désenchantement avec la relance du français (fin 1991-jusqu'à maintenant, en 2007). Nous abondons dans le sens de BAYLON, C. (1991 :183) lorsqu'il disait que : " … les macrodécisions, prises au nom de certaines idéologies ou de certaines orientations politiques, peuvent être excessivement volontaristes et parfois même en contradiction avec l'état des usages et l'intérêt collectif des citoyens - usagers ; on peut penser ici à la " malgachisation " linguistique dogmatique qu'a connue à une certaine époque la république malgache ". Nous partageons également le point de vue de BAVOUX, C., (1993-1994) sur le retour au français : " … La relance du français est conçue comme un remède aux défaillances du système scolaire et à la crise culturelle que traverse la société et en cela, elle exprime le désir sans doute utopique d'accéder au développement en réintégrant l'espace francophone… ". Les tests officiels relatifs aux programmes scolaires (Arrêtés n° 5238/57-MINESEB du 10/06/1997, n° 2532/98-MINESEB du 07/04/1998, etc.) en vigueur recommandent aux enseignants de n'utiliser le malgache standard ou le malgache dialectal qu'en cours de malgache. Les réalités éducatives sont différentes. Les visites de classe que nous effectuons en collaboration avec l'Institut National de Formation Pédagogique (I.N.F.P) et le Département des Sciences et Techniques de l'Education (STE) de l'Ecole Supérieure Spécialisée du Vakinakaratra Antsirabe ainsi que celles que nous avons menées dans le cadre de nos recherches personnelles constituent des preuves tangibles du choix bilingue dans les activités pédagogiques. Les langues de transmission des connaissances (ou médium d'enseignement) sont en fait le malgache standard (et parfois le malgache dialectal en provinces) et le français. Les remarques faites par DUMONT, D. (1995 :34) demeurent encore valables dans la plupart des cas : " En fait, la dualité s'effectue essentiellement entre ce qui est écrit (d'abord au tableau, puis lentement et consciencieusement recopié par les élèves dans leurs cahiers) qui est exclusivement en français, et ce qui est oral, qui est presque exclusivement en malgache. Bien entendu, si un élève a une question à poser, il le fera alors généralement en malgache… Le résultat de plus évident de cette pédagogie, c'est le rythme extrêmement ralenti de la leçon, puisque l'enseignant doit à tout moment traduire oralement en malgache ce qu'il a écrit en français… " Aux niveaux primaire et secondaire, nous assistons en permanence à ce va-et-vient incessant de L1 vers L2 et vice versa. Par ailleurs les termes techniques sont obligatoirement traduits en malgache. La majorité des enseignants chercheurs recourent à la traduction, excepté ceux des départements d'études françaises ; toutefois les cours magistraux, les travaux pratiques et dirigés se font en français ; Même dans les départements d'études malgaches, la linguistique malgache, la littérature et civilisation malgaches utilisent le français et les documents en français relatifs aux écoles linguistiques, littéraires et sociologiques/anthropologiques. Dans les textes officiels la langue médium est le français, dans la pratique les choix des enseignants s'orientent plutôt vers l'usage alternatif du français et du malgache standard. 4- Moyens de communication de masse 4.1. la presse écrite Notre aperçu sur les premiers journaux à Madagascar s'inspire des travaux de RAZOHARINORO, R. (1970) du fait que son analyse nous paraît la plus pertinente : " Lorsque Teny Soa Halan'andro parut en janvier 1866, il y avait seulement cinq ans que Ranavalona 1ère était morte, quatre ans que les imprimeries existantes à Tananarive fonctionnaient à nouveau après un silence d'environ vingt cinq ans. Pendant vingt cinq ans, les Malgaches n'avaient que la bible à lire et ils la lisaient en cachette. Nombreux d'ailleurs en furent les exemplaires qui avaient été saisis par les émissaires de la Reine, pendant la persécution Dans ces circonstances, il n'est pas étonnant si le Teny Soa était une revue de London Missionary Society, imprimé à Imarivolanitra par John Parret. Il paraissait d'abord tous les deux mois, ensuite fut mensuelle à partir de 1869. Teny Soa fut essentiellement une revue d'éducation et d'information religieuse. Son but était d'approfondir la connaissance de la bible chez ses lecteurs ". Mais de plus il était aussi un périodique de culture générale : on y trouvait de la littérature, de l'histoire de Madagascar ; les articles scientifiques n'étaient pas rares, le Teny Soa était une revue traitant de toutes les branches de la connaissance. Avant la promulgation du décret du 16 février 1901, Madagascar jouit de la liberté totale de la presse. Ce décret instaura d'une part la censure et d'autre part le régime de l'autorisation préalable pour les journaux en langue malgache. Toute personne voulant éditer un journal ou un périodique devait en demander l'autorisation au gouverneur général lequel, sur avis du conseil d'administration, notifie son autorisation par arrêté ; les questions politiques ne peuvent pas être abordées. Par contre la presse française continue de jouir de la liberté accordée par la loi française du 29 juillet 1881. La presse d'opinion naquit avec Jean RALAIMONGO : " Alors qu'il était en France à la fin de la première guerre mondiale, il fonda le Libéré en 1923 avec la collaboration de P. Gide, professeur au collège de France et Gouttenoire de Toury. Le libéré n'eut pas plus de quelques numéros. Beaucoup plus importante fut la parution de l'Opinion de Diégo fondé par Ralaimongo, J. alors rentré à Madagascar, le docteur Randrianavalona, R. et Paul Dussac, un colon socialiste de Nosy Be. Le premier numéro de l'Opinion parut en 1927 ". (RANDRIAMBOAVONJY,1970, op.cit) La publication de Ny rariny = La Justice en 1936 par Jules RANAIVO lui valut un procès parce qu'il y publia des articles politiques en malgache avec la traduction en français. Après son acquittement, on pouvait faire de la politique en malgache dans la presse écrite. C'est ainsi que Mongo, journal d'opinion, osa protester contre une nouvelle incarcération de Ralaimongo, J. En fait, les journaux malgaches d'opinion avaient une lutte commune pour l'égalité des droits malgaches et français et la dénonciation des divers abus de l'administration coloniale (indigénat, prestations …). N'ayant pas pu obtenir satisfaction dans ce domaine, beaucoup de Malgaches " s'obstinaient à demander la naturalisation en masse des Malgaches et l'application stricte de la loi (d'annexion- ajouté par nous) du 6 août 1896 … " (idem) Et RAZOHARINORO, P. (1970, idem) d'ajouter " De 1896 à 1936, nous avons compté une quarantaine de journaux édités par des Français… Le décret du 30 août 1938 abolit l'autorisation préalable et la censure. Depuis la presse est libre sauf pendant les années 1640 - 1946 ". Jusqu'en février 1959, la presse à Madagascar, outre certaines dispositions particulières prises en raison des nécessités locales a toujours été régie par la loi du 29 juillet 1881, réglementant la liberté de la presse en France. En 1959, l'autonomie interne entraînée par l'application de la loi-cadre permit au gouvernement malgache de faire adopter sa propre loi sur la presse : la loi 59 - 29 du 27 février 1959. Comportant initialement 71 articles, cette loi fut modifiée par ordonnance du gouvernement en date du 29 mai 1960 ; on abrogea certain de ses articles, tout en y apportant d'autres dispositions nouvelles. Toutefois, il n'est pas permis aux journalistes d'outrepasser les limites de la déontologie (exemples : articles 23, 25, 26, 27). L'ordonnance n° 74 - 014 du 21 mars 1974 portant charte de la presse à Madagascar reste dans son contenu d'ensemble dans la lignée de ses aînés ; il suffit de lire par exemple le titre III chapitre 1, le chapitre IV, article 38, etc. A ce moment on dénombrait une cinquantaine de journaux (bilingues). Pendant près de dix sept ans (1975 - mi-1991), la presse malgache a été victime de la censure. Le pouvoir révolutionnaire défendait la presse d'aborder des sujets d'ordre politique ou de faire des critiques du système politique de nature à déstabiliser le régime (socialiste) en place. Jean CAZENEUVE (1953) a bien raison lorsqu'il disait que " les mass - media peuvent renforcer une opinion déjà existante… ". Des journaux locaux et étrangers (exemple Afrique Asie) furent frappés d'interdiction de parution temporaire ou définitive car ils ont, dit-t on dépassé les bornes. La vague de malgachisation de l'enseignement, du " " décor langagier " (BOYER, M. 1987) a également touché la presse d'où le développement de la presse unilingue (en malgache mais dont la diffusion est très limitée pour des raisons financières) et bilingue (en malgache et en français). Depuis cette période (mi-1991) jusqu'à la mise en place du gouvernement de transition qui instaura la levée de la censure, la presse malgache traversa un vide juridique. Il fallait attendre décembre 1994 pour qu'une nouvelle charte soit élaborée, laquelle a pour souci d'intégrer les innovations ou les codes universels de la presse tout en gardant à l'esprit les spécificités des réalités locales. On dénombre actuellement une quinzaine de presse écrite bilingue (voir Loupe ODFLN élaborée par nous-même et sous presse à l'Université de Provence). Au cours de son histoire la presse malgache s'est toujours efforcée d'accomplir sa double mission. La première est une mission d'information et d'éducation sur toutes les branches de la connaissance. La seconde est une mission d'appropriation (au sens linguistique du mot) dans la mesure où on y découvre des jeux linguistiques, les différents types de discours, etc. Par contre dans la presse spécialisée relevant des domaines économique, juridique, etc. l'usage du français est dans une certaine mesure dicté par le fait que la France demeure le principal partenaire économique de Madagascar (voir Loupe) en dépit de la libéralisation économique. 4.2. Audio-visuel Avant de passer aux rubriques radio et télévision, il est nécessaire d'examiner d'abord les lois qui les régissent. Ce n'est qu'à partir de 1974 (cf. Ordonnance n° 74.014 du 21 mars 1974, op. cit.) que leurs rôles respectifs ont été bien précis. Tout comme la presse écrite, l'audio-visuel a été monopolisé par l'Etat de 1975 à la fin du premier semestre de 1991. Puis l'audio-visuel a recouvert la liberté (dé - censure) avec l'ordonnance 22.039 du 14 septembre 1992, laquelle n'apporte pas de modifications spectaculaires ou majeures par rapport à ses cotextes précédents. L'ossature de la dernière née (fin 1994) y est aussi apparentée malgré l'introduction d'idées nouvelles (4.1). Le nouveau code de la communication est en gestation, son accouchement semble difficile. 4.2.1. La radio Les six FM (ou radios à modulation de fréquence) régionales du secteur public ont leurs sièges dans les six chefs lieux de province et elles ont pour mission principale de diffuser des nouvelles locales et régionales ; ces FM régionales ne peuvent être captées que dans un rayon d'une trentaine de kilomètres à partir de l'émetteur. Ce rayon de réceptions ressemble aussi à celui des FM privées régionales. Comme les chaînes publiques régionales, la chaîne publique I, vieille de 73 ans, touche l'ensemble des auditeurs quelles que soient leurs couches sociales d'origine et leurs pratiques langagières. Toutefois les auditeurs bilingues ont tendance à n'écouter que les émissions qui les concernent directement (émissions politiques, culinaires, théâtres radiophoniques, etc …), les bulletins d'informations étant en général appréciés par tous les Malgaches. Une fois ces émissions de la chaîne I terminées, nous pourrions dire que la catégorie bilingue se subdivise en deux sous - catégories : la première catégorie, constituée de jeunes et de moins jeunes mono/bi-lingues cherche à capter les radios privées régionales car on y diffuse beaucoup de chansons françaises et anglo-saxonnes puis malgaches en vogue. En outre, les présentateurs de ces émissions accordent une interaction effective entre présentateurs et auditeurs comme la lecture à l'antenne des courriers, les conversations téléphoniques ou l'on relève d'une manière fréquente des alternances et les mélanges des codes en L1 (malgache) et en L2 (français) … La deuxième catégorie d'auditeurs, plus âgée et appartenant aux niveaux II et surtout III et IV dont parle COUVERT, C. opte pour Radio France Internationale (RFI) à l'aide laquelle ce deuxième type d'auditeurs pense qu'il peut acquérir une masse d'informations et procéder à une ré-activation (quoique passive) de leurs stocks linguistiques et culturels en L2, le français. En ce qui concerne les radios privées qui sont passées de 116 en 1999 à 216 en 2003 et qui sont partiellement tri(quadri)lingues, leurs auditeurs anglophones (L3) et germanophones (L4) peuvent entendre seulement leurs langues de prédilection respectivement durant les flashes d'information et les brèves séquences de publicité ou d'animation. Beaucoup de jeunes (citadins) découvrent que l'anglais, première langue de communication internationale, est indispensable à de nombreux points de vue. Malgré cette vague d'engouement pour la langue de Shakespeare (et celle de Goethe), leurs auditeurs - locuteurs demeurent encore numériquement peu élevés. Quand à la Voice of America (VOA), radio multilingue, mais dont la langue principale est l'anglais, elle a émis de la capitale à partir de 1995. On peut capter aussi BBC depuis quelques années. La chaîne publique II de langue française nous paraît en somme une sœur jumelle d'Alliance FM 92 (elle devait fêter son dixième anniversaire en 2003) dans la mesure où presque la moitié (sinon un peu plus) de ces émissions sont des retransmissions de celles de la radio mère, RFI ; elle est surtout écoutée par un public jeune. Néanmoins, la qualité de réception des émissions est mauvaise à mesure qu'on s'éloigne des centres émetteurs et que tous les foyers ne possèdent pas de postes récepteurs ou certains en ont mais ne fonctionnement pas régulièrement faute de piles. Si nous n'évoquons que les radios publiques et privées de la capitale, de véritables émulations apparaissent parce que chaque radio s'efforce d'améliorer le contenu de son programme, l'objectif étant d'augmenter le taux d'écoute. S'agissant des rapports de force (inter)linguistique constaté entre ces radios, il apparaît que le malgache reste la principale langue de diffusion puis le français en seconde position. 4.2.2. Télévision Par rapport à ceux qui possèdent un poste radio (38,2% de population, INSTAT, DDSS, 1997, Antananarivo), les foyers qui ont des postes téléviseurs sont encore largement moins nombreux (6,3%, de la population, INSTAT, DDSS, 1997, op.cit) à cause de son prix qui est encore trop coûteux pour la grande majorité des Malgaches. La chaîne publique appelée TVM ou Televiziona Malagasy, n'a que 37 ans d'existence. Elle est l'unique chaîne qui est captée aux quatre coins de l'île de 9 h à 23 h, soit 98 heures d'émission par semaine. Lorsqu'on observe les grilles de programme hebdomadaire, on apprend que les émissions en langue malgache (spots publicitaires, animations culturelles, documentaires…) occupent seulement une quinzaine d'heures. Le volume horaire restant est destiné aux émissions étrangères (films chinois, anglais … suivis de traductions françaises - flashes d'information de la BBC, de CNN…) et notamment françaises. Après les évènements de 2002, le journal parlé de 20 h provenant soit de France 2, soit de la TF1 a été suspendu. Quant aux chaînes privées, elles sont au nombre de 19 dont 11 se trouvent à Antananarivo . On estime qu'un millier de familles possèdent des antennes paraboliques leur permettant de capter plusieurs chaînes européennes, françaises et nord américaines. Il s'ensuit que le volume des productions télévisuelles françaises est nettement plus important que celui des productions locales. 4.3. Cinéma Le taux de fréquentation des salles de projections filmiques a nettement diminué ces dernières années à cause du développement rapide du marché de vidéos cassettes, des VCD et des DVD et avec lui des petites salles de projections privées payantes. Le prix d'entrée dans ces petits salles est beaucoup moins cher par rapport aux prix d'entrée dans les salles de cinéma ; dans ces petites salles, on a souvent des films d'action et de guerre, de karaté (et parfois pornographiques) . Dans ces deux types de salles de projection, il n'y a que des productions exclusivement en version française ou sous-titrées en français, le circuit commercial local ne choisissant que les productions susmentionnées. Les cinéphiles qui ont les moyens financiers et qui désirent voir d'autres genres de films fréquentent les centres culturels étrangers essentiellement français et les grandes alliances françaises. Ce désintérêt croissant pour le cinéma a poussé les financiers à investir leurs capitaux dans d'autres domaines, ce qui a entraîné la fermeture de certaines salles de cinéma dans plusieurs régions de l'île. Faute d'infrastructure cinématographique, il y a jusqu'à présent une trentaine de films de conception et de réalisation malgaches avec l'appui technique et matériel des bailleurs de fonds étrangers d'origine française, suisse, allemande et algérienne. Toutefois, depuis deux ans, le cinéma malgache connaît une renaissance prometteuse. 4.4. Edition Les maisons d'édition sont pour l'essentiel sous mainmise non de l'Etat mais d'associations privées ou parfois de simples particuliers. Elles naquirent avec la presse écrite (cf. partie I. paragraphe 4.1). Le contrat d'édition ne pourrait pas pousser les citoyens à se faire éditer car on exige de ses derniers une participation substantielle à l'édition de leurs ouvrages. En effet, ce sont les ouvrages éducatifs, scolaires et techniques qui attirent le lectorat malgache mais la production locale est aussi marquée durant la première République par l'invasion des éditions françaises de tous genres et actuellement par l'importance d'ouvrages concernant la vie spirituelle et familiale et surtout religieuse ; parmi les grands éditeurs, on peut citer l'imprimerie catholique de la capitale et l'imprimerie Ambozontany, l'imprimerie de l'église luthérienne malgache et la société malgache d'édition, leurs livres surtout scolaires se vendent bien à la veille de la rentrée scolaire. Par ailleurs, les ventes et les prêts payants de livres d'occasion de divers genres édités en malgache et surtout en français se développent dans quelques centres urbains et notamment dans la capitale de telle sorte que la clientèle lectrice augmente de façon significative. Ce mode de contact avec les livres touche en grande partie les lecteurs bilingues des niveaux III et IV (si l'on se réfère à la taxonomie de COUVERT, C, citée auparavant). Etant donné l'inexistence d'un organe de contrôle des éditions, certaines maisons d'édition mineures et quelques particuliers publient parfois des livres ne répondant pas aux normes de production et de diffusion ; on y remarque un niveau de compétence linguistique assez bas et une impression de mauvaise qualité. En réalité, l'édition à Madagascar est caractérisée par un aspect contradictoire : une édition à la fois dans et hors des normes prescrites - un choix bilingue malgré l'accroissement des titres français, le malgache standard demeure la principale langue d'édition. 5. Possibilités économiques et représentations sociales Il est vrai qu'une bonne compétence communicative, au sens ou HYMES l'entend, est indispensable dans les pratiques culturelles (discours de remerciements s'adressant à ceux qui sont venus à l'enterrement, interaction verbale durant la demande en mariage …) et cultuelles. Certes le talent oratoire est à la fois un indicateur de malgachophilie et une preuve tangible d'attachement aux valeurs ancestrales exprimées en langue maternelle. Les rhéteurs natifs sont intensément sollicités lors des pratiques culturelles ci-dessus. Mais cette rhétorique ne mène pas forcément à la promotion sociale et surtout économique en dépit de la malgachisation entreprise depuis 1975. Après une économie socialiste, Madagascar a opté pour une économie libérale sous l'impulsion des bailleurs de fonds traditionnels (FMI et Banque mondiale). Le choix du français constitue une des entrées possibles et fiables dans le circuit monétaire et commercial international ou régional. En dépit de l'AGOA, des accords bilatéraux établis avec les pays lusophones, germanophones, anglophones, etc. la France demeure le principal partenaire économique de Madagascar (voir Loupe , op.cit.). Et même dans les entreprises locales, la connaissance des langues étrangères telles que le français et l'anglais fait partie des critères décisifs lors de l'examen du curriculum vitae ou de l'entretien d'embauche. Tenter d'apprécier les représentations sociales que la population peut avoir de chaque langue (L1, L2, L3, …), c'est étudier " un système de valeurs, de notions et de pratiques relatives à des objets, des aspects ou des dimensions du milieu social, qui permet non seulement la stabilisation du cadre de vie des individus et des groupes, mais qui constitue également un instrument d'orientation de la perception des situations et d'élaboration des réponses ". MOSCOVICI, S. 1961 cité par FISCHER, G.N (1987 : 117) Etant un des pionniers dans l'étude des représentations sociales, MOSCOVICI les définit comme des éléments de la conscience sociale extérieure aux individus et s'imposent à eux. Français exigé/imposé, français rejeté, français relancé, telles sont les visions fluctuante et diachronique du français à Madagascar. Mais les représentations sociales résultent aussi " des positions asymétriques occupées par des groupes et individus dans un champ social ". DOISE, W (1990) cité par BILLEZ, J . et MILLET, A. (2001 : 35) Ainsi le français sera diversement interprété, intériorisé et vécu selon qu'on est issu de tel ou tel groupe ou qu'on est tel ou tel individu. Les perceptions auront de ce fait un caractère à la fois objectif et subjectif. Même s'il y a eu des représentations rétrospectives négatives liées à l'occupation séculaire et coloniale de la France (de sa langue et de sa culture) à Madagascar, même s'il y a eu des représentations rétrospectives idéologiquement teintées de francophobie pendant la période post-72, le français continue de véhiculer des images positives de par son statut international, de par son contenu littéraire et culturel. Le français est en outre, nous venons de le voir, un moyen d'insertion et de promotion professionnelles. Après un discours de " haine " et de divisions interethniques latentes sur le malgache standard à prépondérance merina, après une tentative de majorisation de la langue et de la culture malgaches dans plusieurs secteurs de la vie nationale, les représentations actuelles du malgache sont minorées par les jeunes férus des " pacotilles " de l'uniformisation culturelle et par une partie importante de l'élite provinciale et de la couche sociale aisée. La fierté et l'identité nationales sont certes ébranlées en milieu urbain mais elles ne le sont pas en milieu rural, le secteur primaire étant numériquement important. * * * PARTIE -II- CORPUS 1- Acquisition - Apprentissage En s'appuyant sur de récentes données démolinguistiques, Sur les 99% de la population totale, il y a environ 1% qui ont le français comme langue première, et une minorité très infime qui a l'anglais comme langue première. Pour ce qui est de l'apprentissage du français (L2) langue quasiment officielle et langue étrangère, le ministère français de la francophonie a estimé le pourcentage de la population malgache qui y est soumis entre 20 et 25%. Cette estimation n'est pas loin de la réalité si nous combinons l'effectif des élèves des niveaux primaire, secondaire avec celui de l'enseignement supérieur présentiel et à distance, le tout étant envisagé par rapport à l'ensemble de la population malgache. Ainsi nous avons les chiffres suivants pour l'année scolaire 2000 - 2001 :
Même si l'enseignement (apprentissage) du français comme langue étrangère est un enseignement bilingue, le volume horaire hebdomadaire du français est de 2h 30 mn pour le cours élémentaire du primaire et 6 h à partir du cours préparatoire jusqu'en classes de terminales, toutes séries confondues. Sur 99% formant la population totale du pays, il faut tenir compte de l'impact de différents facteurs sur l'apprentissage tels que : 2- Vernacularisation - Véhicularisation Le contact prolongé du malgache dialectal ou standard avec le français a généré une variété qui se distingue de la langue officielle par ses usages domestiques et par ses formes. Le français de Madagascar existe bel et ben avec ses particularismes lexicaux, " passage " signifie à Brickaville passager, voyageur en parlant de transport par voie routière dans les taxis-brousses ; " deba " est un apocope de chef de bande dans la capitale, etc. Quant aux locuteurs ayant acquis, le français, L2 , comme L1, leur nombre est peu élevé. Il s'agit principalement des enfants issus de familles aisées ou de couples mixtes. Le cas de l'anglais est a fortiori très bas. Par contre si on tient compte du fait de " codeswitcher " ou de " codemixer " en français et en malgache standard ou dialectal, cette langue vernaculaire touchera(it) la majorité de la population bilingue à Madagascar. Selon CALVET, L.J (1997 : 289), une langue est véhiculaire quand elle est utilisée pour la communication entre locuteurs ou groupes de locuteurs n'ayant pas la même première langue. Ceci ressemble en partie à la communication exolingue dont parle PORQUIER, R. L'économie nationale étant en général sous la mainmise des Indiens et des Chinois naturalisés, il arrive très souvent que « ces » Malgaches aux plans civique et administratif parlent avec les natifs en utilisant le français comme langue médium à la banque, à l'aéroport, au port, à l'église (en cas d'évènements malheureux), etc. Toutefois, la véhicularisation du malgache standard ou du malgache dialectal est très forte. Vont se superposer en effet dans les régions côtières la variété véhiculaire nationale (vn), la variété véhiculaire régionale/ethnique (vh), la variété véhiculaire officielle (le français), (vo). 3- Compétence L'apprentissage institutionnel/formel est le lieu par excellence d'évaluation des connaissances linguistiques, culturelles, etc. Or, le système éducatif a subi des changements brutaux, abstraction faite des indicateurs de dégradation qualitative (Lettre de l'ADEA, volume 15, Numéros 2 - 3, Avril - Septembre 2003, Paris, p.6) de l'institution éducative. En conséquence, les résultats de l'apprentissage (voir II.1), tant au niveau régional qu'au niveau national ne sont guère encourageants. L1 (malgache standard) L2 (malgaches dialectaux) L3 (français) Locuteurs niveau 1 30% x 20 = 6 35% x 20= 7 5% x 20 = 1 Locuteurs niveau 2 10% x 20 = 2 10% x 20 = 1 10% x 20 = 3 Locuteurs niveau 3 10% x 10 = 1 3% x 10 = 0,3 3% x 10 = 0,3 Total : 3 catégories 9 8,3 4,3 Tableau 2 4. Production langagière Le champ d'utilisation individuelle, tout comme le champ de réflexion ou d'acquisition du français, reste encore limité en dépit de l'ouverture culturelle et linguistique à Madagascar. Les objectifs de maîtrise et de démocratisation de la langue française sont sans aucun doute des objectifs à long terme, irréalistes même disent certains pessimistes. Or l'avenir du français, de la francophonie, la pratique du français en dépend. L'appareillage de la francopolyphonie (au sens de voix plurielles : centre culturel français - alliances françaises - Madagascar Ecole de la Réussite, MADERA, Appui au Bilinguisme à Madagascar ou ABM, etc.) déploie des efforts louables (dotations en livres, en matériels informatiques …) mais ses structures d'appui et de vulgarisation du français ne parviennent pas à satisfaire toutes les demandes sociales et multisectorielles en français. L'apprentissage du français est dans la plupart des cas un apprentissage en vase clos. Parler français, aux yeux des conservateurs, est une forme de rejet des traditions ancestrales (fomban-drazana) et de la langue des ancêtres (cf I.2.3). Le fait de se démarquer, quelle que soit la nature et la forme de la démarcation, des autres n'est pas bien perçu dans la société ; de nombreux aphorismes le prouvent. Le champ d'usage du français est tout compte fait très limité : l'école, l'accueil des touristes, la presse écrite et/ou audio-visuelle, le travail domestique chez des coopérants, l'ambassade et les consulats, les contacts limités avec des internautes français, le mariage mixte, les services aux restaurants ou dans les hôtels, le jumelage d'établissements, l'accueil dans les services publics. Les réseaux socio - linguistiques des Malgaches avec les Français de souche sont dans ces conditions faibles. Contrairement à cela, le malgache standard et/ou dialectal demeure la langue principale de communication au foyer, dans la vie socio-culturelle … elle est non seulement la langue majoritaire mais aussi et surtout elle est une valeur centrale pour reprendre un concept de SMOLICZ. Si l'on croise la fonction nationaliste avec les attributs sociolinguistiques définis par FASOLD (1984), on remarque que le malgache officiel/standard possède tous les attributs exigés à savoir : symbole d'identité nationale utilisée dans la communication quotidienne - largement et couramment parlée dans le pays - pas d'alternative majeure dans le pays pour la même fonction - acceptable comme symbole d'authenticité - lié avec un passé glorieux (car le système colonial français n'a pas pu la déclasser). TABLEAU RÉCAPITULATIF DES RÉSULTATS STATUS Français Langue n1 Malgache standard Langue n2 Malgaches dialectaux Officialité / 12 6 5,5 0,5 Usages institutionnalisés / 20 dont 7,25 9,75 3 Tableau 3 * * * CONCLUSION Au terme de cette modeste contribution, il a été constaté que la politique éducative et linguistique à Madagascar (RAHARINJANAHARY, S. 1990 ; RANDRIAMAROLAZA, L.P, RAJAONARIVO, S. et RABENORO, I. 1997, BABAULT, S., 2000 ; RANDRIAMASITIANA, G. D, 2000) a été implicite et subjuguée par les réformes/ettes qui ont, semble-t-il, corroboré les iniquités face aux langues. Instruments de communication et de promotion socio-professionnelles, composantes identitaires centrales des civilisations, les langues (le malgache officiel/commun, les malgaches dialectaux, le français, l'anglais sans parler de l'hindi, du chinois et de l'arabe) ont été jusqu'alors, du moins durant les deux dernières républiques, confisquées d'une certaine manière par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie urbaines. Par ailleurs, une partie de l'élite " provinciale ", partisane de la " cause côtière ", craint une pérennisation de l'hégémonie " merina " depuis le dix huitième siècle et préfère plutôt les "langues de parité" telles que la langue de Shakespeare, la langue de Goethe, etc. et notamment la langue de Molière. L'orientation trilingue annoncée officiellement par l'actuel ministre de l'éducation nationale et de la recherche scientifique le 9 avril 2004 dans le cadre d'une conférence de presse va-t-elle résoudre les disparités méthodologiques, les différences d'accès au savoir et les difficultés (socio)linguistiques actuelles ? En dépit du caractère énigmatique et un peu pessimiste de cette question, terminons par une note plus positive et un vœu : nous sommes certain que cet exposé aura permis aux responsables de divers secteurs de la vie nationale de prendre désormais des décisions explicites et fédératrices concernant les langues partenaires à Madagascar. * * * BIBLIOGRAPHIE
SOURCE NOTE D'ANALYSE du CDE - Sous la direction du Professeur Jean-Claude RAMANDIMBIARISON, Professeur titulaire de chaire en Sociologie, membre de l'Association Internationale des Sociologues de Langue Française Publication Club Développement et Ethique (CDE) Lot II M 99 ter Antsakaviro - Antananarivo 101 Email : cde.madagascar@email.com |
Dans
la même rubrique :
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||