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NICOLAS PESLE
ÉDITIONS FOI ET JUSTICE, 332 PAGES mardi 2 mai 2006, napetrak'i / mis en ligne par Nary Livre - "Résurgence d'une nation" : à ceux qui ont la mémoire courte Il y a quatre ans, Nicolas Pesle sortait "Neuf ponts dynamités… plus un" (aux éditions Foi et Justice), un livre de photos immortalisant ces ouvrages martyrisés, symbole de la folie des hommes à une certaine époque. Pour dire que sur la crise de 2002, ce prêtre jésuite français installé à Madagascar depuis trente ans en connaît un rayon. Forcément puisque, à l'époque, depuis février 2002, c'était lui qui rédigeait la "Chronologie d'une élection à Antananarivo", un feuilleton que quelques privilégiés, en l'occurrence ses collègues, dans la Grande île et à l'étranger, purent lire chaque semaine dans "Taratra" (à ne pas confondre avec le quotidien !), le bulletin de liaison de la Province Jésuite de Madagascar et dont il était le rédacteur en chef. Ce sont ces chroniques, commencées le 16 décembre 2001, c'est-à-dire lors du premier tour de l'élection présidentielle, et bouclées le 8 juillet 2002, le jour de l'entrée de la colonne des forces de l'armée régulière dans Toamasina "libérée", qui sont reprises ici. Trente semaines de crise politique sans précédent dans l'histoire post-indépendante de Madagascar, que Nicolas Pesle relate ici, jour après jour, sur le ton neutre et détaché du journaliste professionnel qu'il s'était efforcé d'être, au cœur des événements. Ici, pas d'analyses, ni de commentaires : rien que des faits. Des faits scrupuleusement recoupés et vérifiés, chiffres, propos et sources à l'appui. Tout y est consigné, presque heure par heure, depuis les premiers décomptes des voix au lendemain du premier tour jusqu'aux opérations dites de "pacification" pour la reconquête des provinces, en passant par les péripéties de Dakar, les barrages, les exactions de toutes sortes, ou encore l'épisode rocambolesque des mercenaires français interceptés à Dar-es-Salam. Devoir de mémoire. En fait, il n'y a rien dans cet ouvrage que l'on ne sait pas déjà, et les amateurs de révélations en seront sûrement pour leur frais. Par contre, la justesse de la narration, chronologique bien sûr, agrémentée de précieux détails font de "Résurgence d'une nation" un document de référence incontournable sur l'une des périodes les plus noires de l'histoire contemporaine malgache. Nicolas Pesle ne commente pas, mais nombre de ses précisions permettent de mettre en lumière certaines zones d'ombre, de lever certaines ambiguïtés, du moins était-ce ainsi l'impression que nous donnaient certains faits jusqu'ici. En un mot, ce livre, qui dit clairement qui a fait quoi, est destiné à ceux qui ont la mémoire trop courte : il n'y a pas pire amnésique que celui qui ne veut pas se rappeler. Et l'auteur de rappeler que, oui, il y a bien eu des provinces sécessionnistes qui avaient décidé d'en asphyxier une autre par les barrages. Oui, il y a bien eu des gouverneurs hystériques qui étaient (pas tous !) à deux doigts de recourir à l'épuration ethnique dans leurs provinces. Nicolas Pesle, avions-nous dit, s'abstient ici de tout commentaire. En vérité, il s'en permet un, un seul, mais ô combien perspicace, à travers deux phrases par lesquelles il conclut son livre : "Restera à réaliser "le développement rapide et durable". Une nouvelle bataille commence pour la nation qui vient de ressurgir ; c'est un défi incontestablement plus grand que celui lancé sur la Place du 13-Mai…". Nicolas Pesle, prêtre catholique et français, vient de s'acquitter de son devoir de mémoire sur la crise politique de 2002. On attend toujours que les autres, les intellectuels malgaches en premier lieu, fasse de même. "Résurgence d'une nation - Madagascar 2002 : 30 semaines de crise", de Nicolas Pesle, aux éditions Foi et Justice, 332 pages. Andry Rabeherisoa |
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