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jeudi 1er décembre 2005, napetrak'i / mis en ligne par Nary Douze fois Madagascar en un recueil de nouvelles Une quarantaine d'années séparent les douze auteurs de Chroniques de Madagascar. Mais ils parlent bien tous, avec poésie, tendresse et âpreté, du même pays que certains d'entre eux ont choisi de quitter - sans l'oublier. Si la vie littéraire semble, chez nous, se limiter aux écrivains de langue malgache - encore que beaucoup d'entre eux pratiquent deux langues -, une vitalité souterraine produit une littérature en français. La faible activité éditoriale sur le territoire national ne permet pas d'en avoir conscience et il faut des initiatives personnelles pour donner, de temps à autre, un coup de projecteur sur des auteurs discrets malgré eux. Liliane Ramarosoa l'avait fait il y a une dizaine d'années avec son Anthologie de la littérature malgache d'expression française des années 80 (L'Harmattan, 1994). Dominique Ranaivoson prend le relais en publiant douze nouvelles dans Chroniques de Madagascar. Le choix du genre paraissait aller de soi, si l'on considère que les deux entreprises appartiennent à la même lignée, celle d'une mise au jour de textes qui, sans la publication, existent à peine. « Liliane Ramarosoa », écrit Dominique Ranaivoson dans sa préface, « estimait en 1991 que ''la nouvelle représentait 45 % de la production littéraire francophone'', en avouant que la quantité totale des textes était difficile à connaître, la majorité de ceux-ci restant malheureusement inédits. » En voici quelques-uns sauvés des tiroirs où la plupart prenaient la poussière. Rares sont ceux qui avaient déjà été publiés auparavant - ils étaient, de toute manière, devenus introuvables - et ils sont peu nombreux à avoir été écrits ces derniers mois. L'ouvrage s'ouvre sur une méditation poétique, plutôt qu'une nouvelle, d'Esther Nirina. Il se ferme sur l'affolement d'une jeune Malgache débarquant aux Etats-Unis sans trouver à l'aéroport la personne qui devait l'attendre. C'est le premier texte publié de Mialy Andriama-nanjara. Mais on n'avait jamais lu non plus ces pages-là d'Esther Nirina… Entre les deux, les auteurs sont sagement rangés selon leur ordre d'arrivée en scène dans l'existence et toute la palette de la vie malgache, ici ou à l'étranger, est mise en scène. Une histoire de mort et d'injustice par Charlotte Rafenomanjato. La mémoire d'un lieu par Serge-Henri Rodin. La survie dans la pauvreté, comme une guérilla urbaine, par Bao Ralambomanana. Le contraste entre la modernité et la tradition à Mayotte, par David Jaomanoro. L'eau trop rare et le poids des légendes qui l'entourent, par Hery Mahavanona. La mort de la grand-mère, au premier cocorico, par Narcisse Randriamirado. Le rêve impossible d'un monde meilleur et la chute, par Jean-Claude Fota. Le kéré dans le sud et son cortège de malheurs, par Lila Ratsifandriahamanana. La déforestation… et les ONG, par Johary Ravaloson. Le retour d'un mort qui ne l'était pas mais mérite de le devenir, par Railovy. Plusieurs de ces nouvelles auraient besoin d'un long commentaire. Car certaines témoignent d'un véritable talent qui mériterait bien d'être pris en charge par un éditeur et d'amorcer ainsi une œuvre. Car on devine, derrière ces bouteilles lancées à la mer - pour certains, ce n'est pas la première -, une volonté de poursuivre. Ils sont plusieurs à préparer un recueil ou un roman, ici ou ailleurs. On ne sait s'il faut s'en réjouir ou le déplorer : les quatre plus jeunes auteurs de ce recueil collectif vivent à l'étranger. On ne peut, en tout cas, s'empêcher d'y voir un signe, le prolongement de la carrière que font aujourd'hui à Paris une Michèle Rako-toson ou un Jean-Luc Raharimanana. De la même manière que Dominique Ranaivo-son en formule le vœu, on espère que plusieurs de ces écrivains suivront le chemin, sinon de l'exil, au moins de la reconnaissance au sein de la littérature francophone. Il faut aussi, et surtout, saluer la détermination de Dominique Ranaivoson qui apporte une importante contribution à la diffusion de la culture malgache. Elle avait, l'an dernier, publié l'indispensable Iza moa ? chez Tsipika, ouvrage qui vient d'être repris par Sépia en coédition avec la maison malgache sous un titre en français. En publiant, chez le même éditeur, Chroniques de Madagascar, elle fait mieux que doubler la mise. Pierre Maury Les Nouvelles du 1 Décembre 2005 Chroniques de Madagascar, sélectionnées et présentées par Dominique Ranaivoson. Sépia, 176 pages. Dominique Ranaivoson, Madagascar. Dictionnaire des personnalités historiques. Sépia/Tsipika, 221 p. Dominique Ranaivoson sera présente, en compagnie de quelques auteurs des Chroniques, au CCAC pour un forum littéraire le samedi 28 janvier. |
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