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Poète et nationaliste : Jacques Rabemananjara est mort

lundi 4 avril 2005, napetrak'i / mis en ligne par Nary


Poète et nationaliste : Jacques Rabemananjara est mort

 

Jacques Rabemananjara est mort dans la nuit de samedi à dimanche à Paris, à l'âge de 94 ans. Le gouvernement a publié hier soir un communiqué faisant part du décès et annonçant la tenue de funérailles nationales à une date qui sera précisée ultérieurement. Poète de renommée universelle, nationaliste de 1947 puis vice-président du gouvernement après l'indépendance de 1960, il est l'un des quatre Malgaches qui figurent dans le célèbre dictionnaire Larousse. Né le 23 juin 1913 à Mangabe, dans le district de Maroantsetra, Jacques Rabemananjara, catholique, s'est destiné à la prêtrise et a fait ses études au Grand Séminaire d'Antananarivo. Il bifurque ensuite vers l'administration et est envoyé en stage au ministère des Colonies, à Paris, en 1939. Obligé d'y rester pendant la guerre, il y prépare avec succès à la Sorbonne une licence de Lettres et fréquente les milieux littéraires français. Homme de lettres de langue française, il compte parmi ceux qui ont donné le jour à la " négritude ". Rentré à Madagascar après la guerre, il est élu député à l'Assemblée nationale française lors des législatives du 10 novembre 1946 pour le compte du parti nationaliste MDRM. Obtenant 70% des voix dans la circonscription Est malgré l'opposition du Padesm, le jeune poète cristallise un puissant courant nationaliste qui va éclater lors de l'insurrection de 1947. Accusé d'avoir préparé et ordonné le mouvement avec les deux autres députés du MDRM, Raseta et Ravoahangy, il est condamné à mort. Sa peine ayant été commuée, il est incarcéré à Calvi (Corse) puis aux Baumettes, à Marseille. Après l'indépendance de 1960, il est ramené triomphalement dans l'île, avec ses deux compagnons, par le président Tsiranana. Nommé ministre de l'Economie, il est également élu député et maire de Toamasina. En 1967, après le décès accidentel du ministre des Affaires étrangères Albert Sylla (père de l'actuel Premier ministre), Jacques Rabemananjara hérite du poste. Le mouvement populaire de 1972, qui fait tomber la Première République, le surprend à Santiago (Chili) où se déroule une conférence de la Cnuced. Il ne revint pas au pays et s'installa à Paris dont il fit son lieu de résidence, aux côtés de son épouse française. Cet exil fut brièvement interrompu en 1993 quand certains le pressentirent comme " candidat unique des Forces vives " aux élections présidentielles de cette année-là. Il se rendit dans l'île et entama des négociations politiques qui échouèrent. Il se porta néanmoins candidat pour son propre compte mais fut défait. Il rentra à Paris et ne remit plus les pieds dans l'île. Décédé dans la nuit qui vit disparaître le pape Jean-Paul II, la mort de Jacques Rabemananjara passe plutôt inaperçue. Mais son parcours littéraire, politique et professionnel est particulièrement riche et l'homme fait partie intégrante de l'histoire de Madagascar

La Gazette de la Grande île du 04-03-05
IVATO. Mort à 92 ans à Paris, le corps de Jacques Rabemananjara arrivera sous les honneurs ce vendredi à 23 heures à l'aéroport d'Ivato. La dépouille de J. Rabemananjara arrive vendredi

La dépouille mortelle de Jacques Rabemananjara est attendue ce vendredi à 23 heures à l'aéroport d'Ivato en provenance de France. Ce militant écrivain s'est éteint le samedi 2 avril à Paris, à 92 ans. « Jacques Rabemananjara qui est à la fois un monument de la littérature indianocéanique d'expression française et un grand nom de la politique malgache. On ne sait trop qui du poète ou du politicien faut-il retenir de Jacques Rabemananjara.

Nirina R.

En vérité, le passionné de littérature et le féru de politique se rejoignent pour saluer l'ambivalence qu'il incarne ! Depuis 1940, son premier recueil poétique « Sur les Marches du soir » jusqu'en 1998, parution de son essai sur le Prince Razaka, le barde malgache à travers ses poèmes, ses pièces de théâtre, ses essais politico-culturels défend son identité et celle de son peuple. Parviendra-t-il à faire entendre sa différence en plein apogée de la colonisation française dans les années 1935 ? L'évolution historique du pouvoir colonial en terre malgache suscite l'émergence des événements tout en dictant « l'inspiration scripturaire » de cet écrivain-député-prisonnier lors de l'insurrection sanglante et énigmatique du 29 mars 1947 ».

MDRM Cette présentation succincte d'une personnalité de la lutte pour l'indépendance malgache a été tirée de la thèse de doctorat en littérature comparée du Général de brigade, Naiko Julien, qui a fait des recherches sur les idées politiques de Jacques Rabemananjara. Nul ne peut, en effet, ignorer qu'il a été fondateur en 1946, avec les docteurs Joseph Raseta et Ravoahangy Andrianavalona du MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache). Et qu'il a été en 1947 arrêté, jugé et condamné à la prison à perpétuité aux lendemains du mouvement indépendantiste de l'époque. Il n'a pu revenir dans l'île qu'au moment de l'indépendance en 1960. Il fût tour à tour ministre de l'Economie et des Affaires Etrangères, député et maire de Toamasina. Il a dû de nouveau quitter le pays en 1972 pour s'exiler à Paris, pour n'y revenir qu'en 1993 où il a été candidat aux élections présidentielles. Après sa défaite, il est retourné en France où il a rendu son dernier souffle. Il est plus que normal qu'il ait droit à des obsèques nationales, décrétées par le gouvernement, dont la date sera connue ultérieurement.

Midi Madagascar du 07-04-05


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