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DOMINIQUE RANAIVOSON
mercredi 9 mars 2005, napetrak'i / mis en ligne par Nary Entre passé colonial et actualité brûlante, deux livres sur les Métis à Madagascar Heureuse concordance des éditeurs, voici deux ouvrages différents qui traitent de la même question, à 30 ans d'écart. Le premier est la réédition du roman de Charles Renel (1866-1925), L'Oncle d'Afrique ou La Métisse, écrit à Madagascar en 1925, publié en France à titre posthume en 1926 et introuvable depuis de longues années. Il est copieusement annoté par Claude Bavoux, qui connaît bien Madagascar et la période, co-édité à La Réunion par Orphie et Grand Océan dans la collection « autour du monde ». Ce roman colonial met en scène des fonctionnaires imbus de leur supériorité raciale et analyse leur regard sur les métisses, particulièrement les femmes, qui sont leurs maîtresses, sauf l'héroïne qui gère sur la côte Est la plantation de café de feu son père français. Tout le débat entre les personnages blancs est de savoir qui, de leur « hérédité » (c'est-à-dire leur sensualité, Renel qualifie les Malgaches de « race voluptueuse ») ou de l'éducation européenne donnée dans les pensionnats prendra le dessus, et ces « sangs mêlés » auront bien du mal à se faire une place dans cette société cloisonnée. Le second livre, qui vient aussi de sortir ce mois-ci à Paris, chez L'Harmattan, (collection « Graveurs de mémoire »), aborde le même thème, deux générations plus tard. Le contexte politique a changé, et ce n'est plus un roman à thèse mais un simple témoignage. Christian Dumoux est né d'un père français, horloger, et d'une mère métis fille d'une andriana qui avait connu la cour de Ranavalona III. Mais la famille est pauvre, les métissages sont multiples, les divorces, ruptures, échecs obligent la famille de l'enfant qui raconte à changer 14 fois de domicile en 16 ans. Surtout, ni la bonne société malgache ni les milieux coloniaux ne leur font de place. Petits blancs venus faire fortune sur la foi de la propagande coloniale, ils sont coincés entre les artisans grecs, créoles, déchus dans les quartiers pauvres. Les mauvaises affaires entraîneront le rapatriement de la famille vers la France en 1965 dans une atmosphère d'amertume et de désillusion. D'autres échecs et suicides marqueront cette famille écartelée. Les deux livres, avec des effets littéraires différents, (Renel est l'auteur de nombreux romans et études, M.Dumoux n'est pas écrivain), nous obligent à regarder en face, tardivement, des catégories de population qui ont été victimes du mépris des deux côtés de l'Océan. L'héroïne de L'Oncle d'Afrique se sent « au ban de toutes les races, de tous les clans, à la fois loin des Malgaches et des Européens, exilée dans sa propre patrie » (207) et le jeune Dumoux, né et grandi à Madagascar, visitant son Dadabe, se voit un jour regardé comme un étranger et parle de sa famille marquée par l'échec de l'aventure : « ces vies étaient les scories de l'Empire » (112). Aujourd'hui, où tant de métissages physiques et culturels sont les résultats des exils, voyages, circulations nombreuses, il nous faut poser de nouveau la question : quelle identité construire quand on est « entre-deux » ? Comment Madagascar donnera-t-il des gages de reconnaissance à ceux qui, quelque part en eux, sont aussi d'ailleurs ? Le regard sera-t-il aussi méprisant que du temps de ces deux écrivains ? Saurons-nous admettre, intégrer ces métis, et bénéficier ainsi de leur apport à la communauté ? Comment se dire un pays ouvert et ne pas traiter ces conséquences inévitables ? Bien des enjeux se jouent là. Profitons de la littérature pour nous y arrêter un instant. Dominique Ranaivoson Les Nouvelles du 08-03-05 |
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